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Hommage

Wah Wah Watson, adieu l’orfèvre

WAH WAH WATSON Ouverture 2

Le guitariste Melvin “Wah Wah Watson” s’est éteint le 24 octobre à l’âge de 67 ans. Hommage.

Quand on entrait en musique, jeune, ignorant, toujours prompt à s’émerveiller, on confondait parfois Wah Wah Watson avec Johnny Guitar Watson. Mettez-vous à notre place : l’Internet et ses fiches Wikipedia si faciles à copier-coller pour se donner des airs savants à peu de frais, tout cela n’existait pas à l’époque où le vinyle était encore le support-roi.
A propos de vinyle, le seul et unique paru sous le nom de Wah Wah Watson, “Elementary” (forcément, mon cher Watson, et d’ailleurs regardez bien la pochette, le chapeau, la pipe incurvée, tout ça…), fut longtemps « difficile à trouver », comme on se disait souvent, naguère, au détour d’un bac à disques quand on faisait du name dropping avec ses copains en listant les albums qu’on aimerait ajouter à nos discothèques bourgeonnantes.

De Melvin “Wah Wah Watson” Ragin – ben oui, la guitare rythmique, c’éait élémentaire pour lui, d’où ce surnom qui fait rêver –, on se souviendra d’abord que c’était un nom sans visage, ou presque. Aux lumières des sunlights, ce cher Watson préférait l’ombre des studios, là où s’ébauchèrent, à l’âge d’or de la soul music en pleine mutation et du jazz-funk trois étoiles tant de chefs-d’œuvre impérissables. Il faut bien l’avouer, la simple mention de son nom au verso d’une pochette faisait fantasmer, était la promesse, jamais déçue, de frissons ouaouatés et de notes distillées façon poussière d’étoiles, qui nous transportaient illico dans un monde parallèle et merveilleux, où la notion d’apesanteur et les rigueurs mécaniques des besogneux n’avaient plus cours.

Et de l’intro légendaire de Hang Up Your Hangs Up d’Herbie Hancock (“Man-Child”, 1975) à ses inombrables coups de patte félins qui ont fait le sel des grandes productions Motown signées Norman Whitfield (les Tempations, certes, mais aussi, tiens, au passage, la BO de “Car Wash” : écoutez Daddy Rich, c’est extraordinaire), sans oublier Quincy Jones (Cry Baby) et plus récemment Maxwell (Dancewitme) et Meshell Ndegeocello (Shoot’n Up And Gett’n High, Make Me Wanna Holler), Melvin “Wah Wah Watson” Ragin a fait danser ses doigts, toujours sur la corde souple. Sa disparition signe celle des orfèvres de studio qui, peu à peu, ne seront plus qu’un souvenir lointain, emblématique d’une époque qui finira bien par être définitivement révolue. Tristesse.

Il y a peu, j’avais demandé à Marcus Miller, lors d’une interview, s’il avait le contact de Monsieur Ragin : « Wah Wah ? Oublie ! Tu ne pourras pas l’interviewer… – Ah bon ?! Pourquoi ? J’adore, c’est un orfèvre, il a fait tant de choses, j’aimerais bien savoir… – Savoir quoi ? Je le connais Wah Wah, il va te rentrer dedans, te mettre sur le grill, te faire comprendre que ce qu’il joue demande une discipline incroyable, un travail fou, il te fera sentir que tu ne peux pas comprendre ce qu’il fait… – Ok, gardons le mystère alors… »
Là où il doit désormais être, nul doute que notre cher Watson doit déjà être en train de parler métier avec Freddie Green et Jimmy Nolen. The rhythm, guys, the rythm. •