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Van Halen & David Lee Roth, un live à perdre haleine

Il aura donc fallu attendre trente-sept ans, moult engueulades, une séparation fracassante et une reformation inespérée pour que les vieux loustics de Van Halen, featuring l’inénarrable David Lee Roth, publient un live officiel, “Tokyo Dome In Concert”. Julien Ferté a ressorti ses boules Quiès.

Van Halen DLR 1Depuis que ce double cd live a paru, je ne cesse de lire sur la toile des commentaires forts désobligeants sur mon beau-frère. Vous allez me dire : « Cher Julien, je vous lis depuis 2004 dans Muziq, et désormais sur muziq.fr, mais si commencez à me parler de votre beau-frère alors que j’attends avec impatience votre avis éclairé sur le double cd live de Van Halen, autant vous dire que je vais changer de site ! » Calmez-vous cher lecteur. Car en préambule, j’ai un révélation à vous faire : David Lee Roth est mon beau-frère. Si, si… Ah !, si vous le connaissiez… Un garçon intelligent, un rien cynique parfois, certes prêt à tuer père et mère pour un bon mot, mais croyez-moi, très, très drôle. De l’humour à revendre. Pour les repas en famille, les barbecues et les mariages, c’est l’homme idéal. Le prince de la poilade, que dis-je, le roi de la pignolade !

Il y a quelques semaines, David a eu la gentillesse de m’envoyer en coli spécial des Etats-Unis “Tokyo Dome In Concert”. Je dois vous avouer qu’en découvrant la première chanson, Unchained, je me suis demandé s’il ne m’avait pas encore fait une blague. Je n’ai jamais osé lui dire en face, mais j’ai toujours pensé qu’il était plus bateleur que chanteur, plus Sinatra d’opérette un peu pompette que véritable heavy metal singer. Cela dit, c’est ce qui fait son charme depuis 1977, non ?
Vrai chanteur ou vrai brailleur, peu importe : mon beau-frère a du style. O.k, o.k., il ne fait pas toujours dans la dentelle – sauf celle des dessous de ses innombrables groupies… –, mais on reconnait instantanément son timbre de voix, sa verve rigolarde, sa gouaille de G.O. du Club Met. Sans parler de son look, un peu plus, disons, sage depuis qu’il a retrouvé ses vieux compères, vingt-deux ans après son premier départ en fanfare, le 1er avril 1985 (pour une fois, ce n’était pas une blague). [Pour les connaisseurs, “Club Met” est le surnom du Club Métal, créé par Gilbert Triguano en 1969, NDLR.]

Je me suis donc demandé si mon vieux David ne m’avait pas fait une joke de plus en écoutant Unchained, parce que, franchement, il chante comme une gamelle ! Un vieux pochetron enroué !
David, c’est quoi cette voix ?
C’est pas toi en fait hein ?
Avoue : t’as fait monter sur scène un japonais en transe, qui même dans ses rêves les plus fous n’aurait jamais imaginé te piquer ta place pour faire le pitre devant 44 000 compatriotes, participant du coup à un remake involontaire de la fameuse scène de karaoké de Lost In Translation… Hein, avoue ?
Cela dit, je m’étonne qu’on s’étonne : comme je le disais plus haut, tu n’as jamais été un vrai chanteur. Au mieux, tu pourrais peut-être passer les pré-sélections de La Nouvelle Vieille Star avec ton vieux pote Paul Stanley – et encore, si y’a un un mec des Inrocks dans le jury, oublie. La Ligue des Champions (Robert Plant, Ian Gillan, David Coverdale, Steve Perry, Steve Tyler, Ronnie James Dio, etc., etc.), tu la connais, tu n’en a jamais fait partie. Toi mon David, tu es un Stand Up Screamer, un comique à gosier, tu brûles les planches en jouant au chanteur. Ne change pas.

Van Halen Live CDEt puis soyons honnête : au fur et à mesure que l’on avance dans ce copieux double live qui retranscrit en intégralité un concert du 21 juin 2013 – sans, dit-on, les tripatouillages, bidouillages et autres maquillages en re-recording destinés à nous faire prendre des vessies pour des lanternes –, tu (re)trouves peu à peu tes marques.
Et là, je vais, solidarité familiale oblige, prendre ta défense. Moi qui ai eu la chance d’écouter diverses bandes live disons, hmm, non-autorisées, datant notamment de l’âge d’or du combo qui porte le nom des deux frangins que tu adoreras détester toute ta vie, je ne le sais que trop : sur scène, tu es fatalement submergé par la puissance sonore de tes compères, et ça ne date pas d’hier. Et comme si cela ne suffisait pas, tu n’as même plus Michael Anthony à tes côtés pour distiller ses chœurs façon Beach Boys, ceux-là mêmes qui donnaient leur indispensable touche pop et sucrée aux six premiers opus de Van Halen (les meilleurs, ceux qui contiennent les grands, les vrais classiques du groupe).

Pourtant, ta puissance à toi, moins sonique que comique, finit par donner tout son sens à ce hard-rock de cabaret qui ne s’est jamais pris au sérieux : on est là pour s’éclater, se poiler en écoutant tes paroles toujours aussi poétiques, quelque part entre Le petit bonhomme en mousse de Patrick Sébastien, Chaud Cacao d’Annie Cordy et Tu veux mon zizi de Francky Vincent. On est là aussi, bien sûr, pour se prendre en pleine poire une giclée de rifffs assassins et une lampée de soli post-nucléaires délivrés par l’Eddie V.H. qui, il faut le dire, tient la forme olympique, boosté par les coups de beats en chêne massif d’Alex et, j’imagine, rassuré par la présence de son joufflu fiston Wolfgang à la basse.

Van Halen Performs At The MGM Grand Garden ArenaVoilà pourquoi, passées les angoisses des premières minutes, ce double live finit par remplir plusieurs rôles salutaires. D’abord, nous éviter de payer 160 € la place au cas où vous daigneriez jouer en France. Ensuite, nous faire revenir en arrière, à la fin des glorieuses seventies, quand on headbangait dans notre chambre le casque vissé sur la tête avec une raquette de tennis en guise de guitare pour mimer les prouesses digitales d’Eddie. Enfin, nous faire sauter de joie en (réréréréré)écoutant pour la ééééénième fois Runnin’ With The Devil et son intro magique, The Cradle Will Rock et sa chouette citation de Smoke On The Water, Everybody Wants Some !! et son slam en japonais, I’ll Wait et ses synthés bien baveux, Romeo Delight et ses accélérations vertigineuses, le faramineux slapping-tapping d’Eddie dans Mean Street (sans oublier ses délires cosmiques dans Eruption, version maxi-longue), et pour finir, le rappel indispensable, l’hymne officiel de l’Olympique de Marseille, Jump ! (Tu en reperds ta voix du coup.) Imagine un peu : Van Halen live au Vélodrome, tout le peuple marseillais communiant avec vous, ce serait la folie ! (Merde, voilà que j’donne des idées à Live Nation moi, quel idiot…)

Allez, j’te fais le hug, mon vieux David,
Your damn’ ol’ step-brother,
Julien
PS : Please, if you finally decide to play in France, don’t forget to send me two gold passes, V.I.P. style !

CD “Tokyo Dome In Concert” (Warner Bros.). Disponible en quadruple vinyle et en version digitale. Bonne nouvelles : les six premiers albums de Van Halen directement remasterisés à partir des bandes masters analogiques vont ressortir dans la foulée. Pas trop tôt.