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Thundercat, twenty-first century fox

Prisé par les chanteuses à tête chercheuse, les producteurs à vision panoramique et les rappeurs au verbe haut, le très novateur bassiste et chanteur Steve “Thundercat” Bruner vient de publier en catimini “The Beyond / When The Giants Roam”.

THUNDERCAT OuvertureUn musicien dont l’album commence par un morceau reposant sur un sample astucieux de For Love (I Come Your Friend) de George Duke est forcément un homme de goût. En 2011, Steve “Thundercat” Bruner avait ainsi placé l’un des meilleurs titres de “The Aura Will Prevail”, opus MPS paru en 1975 (et que le regretté virtuose des claviers doublé d’un chanteur à la voix d’or plaçait parmi ses favoris ) en ouverture de “The Golden Age Of Apocalypse”, son tout premier cd publié par Brainfeeder, le label de Flying Lotus.
Deux ans plus tard, “Apocalypse” succédait à “The Golden Age Of Apocalypse”, ce qui nous donna l’occasion d’ajouter une pièce à conviction supplémentaire au passionnant dossier Thundercat. Depuis, la côte de ce bassiste chasseur de renard – il en a un sur la tête – qu’on jurerait inspiré par Stanley Clarke* aussi bien que par Jamaaladeen Tacuma** ne cesse de grimper. Il faut dire que çe garçon commence à avoir une discographie qui reflète idéalement sur ce qui semble être sa préoccupation principale : être bien dans son époque, et si possible jouer sur les disques qui comptent. Ce qu’il fait depuis la deuxième moitié des années 2000. On le retrouve principalement sur deux Erykah Badu, et non des moindres (“New Amerykah Part One : 4th World War” et “New Amerykah Part Two : Return Of The Ankh”, trilogie annoncée dont on attend desespérément la troisième volet), trois précieux Flying Lotus (“Cosmogramma”, “Until The Quiet Comes” et “You’re Dead !”) et, last but not least, sur – pour l’instant – les deux disques les plus importants de 2015 : “To Pimp A Butterfly” de Kendrick Lamar (un chef-d’œuvre, n’est-ce pas ?) et “The Epic” de Kamasi Washington (une révélation, non ?).

THUNDERCAT CDSurfant sur cette vague créative, Thundercat vient de publier seize minutes et six secondes de nouvelle musique (pas de disque “physique” pour l’instant),. Six titres dont on ne sait si ce sont des esquisses de chansons ou des instrumentaux “en chanté”. Mais qu’est-ce donc que “The Beyond / When The Giants Roam” ? De la soul music futuriste ou rétro-moderne ? Le spleen est contagieux, le groove implicite, le son organique et charnel, la basse ronronnante, l’électronique distillée tout en finesse. La voix, comme sur les opus précédents, balance entre Robert Wyatt et Ronald Isley, voire, tiens donc, George Duke. Deux ou trois écoutes répétées suffisent à accrocher durablement le tympan. On aime, et l’on sourit quand surgit le groove de Them Changes (qui n’est pas une reprise de Buddy Miles), repiqué sur celui de Footsteps In The Dark des Isley Brothers. On dit qu’un certain Herbie Hancock jouerait sur ce disque. Si oui, il est bien caché !

Téléchargement “The Beyond / Where The Giants Roam”
Concert Le 3 décembre à Paris (La Bellevilloise)

* Le frère de Thundercat, Ronald Bruner, Jr., joue régulièrement avec le virtuose débonnaire sexagénaire qui fait frétiller sa basse piccolo comme personne.
** La liste doit être bien plus longue, et je suis certain qu’on y retrouverait aussi bien Robert Trujillo que Chris Squire. On aimerait causer basse avec lui…