Muziq, le site qui aime les mêmes musiques que vous
Nouveautés

Santana, retour réussi ?

“Santana IV” est tout simplement la suite de son prédécesseur de 1971, “Santana III”, pierre angulaire de la plus foudroyante et éphémère formation de notre latin-rock band favori. Mais le présent que nous offrent Carlos Santana, Gregg Rolie, Neal Schon, Mike Shrieve & C° est-il à la hauteur de leurs splendeurs passées ? 

Santana IV Santana III [Touche retour] “III”, chiffre magique inscrit sur une pochette cosmique mémorable, marquait l’implosion d’un groupe au sommet de sa popularité, acquise lors de leur incroyable performance à Woodstock suivie, peu après, du succès planétaire de l’album “Abraxas”.
“Santana III”, c’était vraiment autre chose. Carlos Santana, nouvellement proclamé guitar hero – guitarero ? –, prit le pari plutôt risqué de s’adjoindre un jeune surdoué du manche dénommé Neal Schon. C’est, sans doute, grâce à sa présence incendiaire et la tension naissante entre les deux axemen que l’album va vite muter en un génial brûlot latino-rock sans égal, mais sans réel lendemain. Neal Schon accompagnera Santana dans le virage mystico-fusionnel du magnifique “Caravanserai” mais s’en ira vite fonder Journey pour d’autres mémorables aventures.

[Avance rapide] C’est début 2013, quarante deux ans plus tard donc, que nos deux compères caressent l’idée – à l’initiative, dit-on, de Schon – des retrouvailles de la formation originale. Soit les indispensables Gregg Rolie à l’orgue et au chant, Michael Shrieve, l’éternel prodige des tambours, et bien sûr Michael Carabello aux percussions. C’est Benny Rietveld, membre du groupe actuel (et entendu avec Miles Davis dans les années 1980) qui prendra la place du bassiste David Brown.
Le décor est posé, la finalisation de l’album va durer deux ans. Deux ans d’interrogations et de questionnements sur l’intérêt d’un tel projet.
Deux ans, pour nous, passés à se replonger au cœur de ces duels de guitares en feu, à en décortiquer encore et encore les méandres… La foudre blues-rock de Neal S. en contrepoint du lyrisme latino suraigu de Carlos S. Car c’est cela que l’on espère à nouveau…
Deux ans, aussi, à ne pas franchement y croire, tant ces multiples reformations de dinosaures seventies nous ont si souvent déçu, confirmant que la spontanéité, la folie et créativité qui faisaient le sel de cette décennie sont difficiles à retrouver.

Santana-GATEFOLD-LP-1tLe 15 avril dernier, l’album est enfin sorti. Soixante-quinze minutes de musique (durée double-album 33-tours !), emballé dans une pochette clin d’œil au premier album éponyme du groupe. Le quintette d’origine est bien là et, comme on posait avec tant d’excitation le vinyle du “III” sur nos platines, volume de l’ampli poussé au maximum sans éveiller plus que de mesure les foudres parentales, on glisse le cd dans le lecteur.
Yambou, premier titre aux immédiates consonances latino-funky, lève le voile, balayé par cette incomparable alchimie de guitares et d’orgue sur tapis de percussif et de chants incantatoires. Plus de doutes : nos Chicanos sont de retour. Le lourd Shake It fait la part belle aux wah-wah psychédéliques et au riff tranchants façon Living Colour.
L’imparable et tubesque Anywhere You Want To Go finit de nous convaincre. Sur une mélodie accrocheuse et typiquement “santanesque”, Carlos Santana et Neal Schon s’envolent, au point que l’on peine à les identifier, laissant Gregg Rolie nous gratifier de deux jouissif solos de Wurlitzer, puis d’orgue Hammond chauffé à blanc. Le long et éthéré Fillmore East surprend, proche des rèves psychédéliques du “Santana/Buddy Miles Live” sur la même scène.

Neal et Carlos à la recherche du feu sacré

Neal et Carlos à la recherche du feu sacré

Mais c’est avant tout un album de guitares auquel on a droit, nos deux virtuoses croisant le fer comme aux plus beaux jours. Le doute vient quelque peut s’instaurer avec les deux morceaux qui suivent, plus sages, malgré la présence remarqué du chanteur soul Ronald Isley. La tension se relâche sensiblement, et notre enthousiasme avec, la suite de l’album semblant échapper à la verve de son concept initial. Pour preuve, un pénible Senios en droite ligne d’Europa, à zapper sans scrupules. Le projet ne tient malheureusement pas sur la longueur. Malgré l’indéniable talent de nos musiciens, le marathon musical qu’ils s’imposent finit par nuire à la cohérence et à l’intensité du voyage.

On retiendra donc avant tout la redoutable et jouissive première partie de l’album et sa belle et planante conclusion (Forgivess) comme la marque d’un pari réussi. Au temps du vinyle, débarrassé de ses morceaux plus faibles, “Santana IV” eut été une suite parfaite à “Santana III”. Prenons notre plaisir et profitons encore pleinement de ces quelques moments rares où le présent semble se confondre avec le passé. Pourvu qu’ils nous électrisent encore longtemps… À quand “Caravanserai II”, ou même “Abraxas Return” ?

CD “Santana IV” (Santana IV Records / Modulor).