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Rufus And Chaka Khan live au Savoy : dance with me !

BBR Records ressort l’un des meilleurs albums live de l’histoire du R&B moderne, “Live – Stompin’ At The Savoy” de Rufus And Chaka Khan. Remasterisé et enrichi d’un livret de seize pages. Forcément indispensable.

RUFUS AND CK Chaka 1 XDRDébut 1982, Yvette Marie Stevens, alias Chaka Khan, est déjà une superstar. Grâce à ses qualités vocales et à son énergie hors du commun, mais aussi parce que ses trois premiers albums solo, “Chaka” (1978), “Naughty” (1980) et le monstrueux “What Cha’ Gonna Do For Me” (1981), tous publiés par Warner Bros., ont déjà presque fait oublier le groupe Rufus, au sein duquel elle s’était révélée dès 1974, l’année où un certain Stevie Wonder lui avait offert l’une de ces chansons magiques dont il avait le secret, Tell Me Something Good. Dans la foulée, Rufus et Chaka Khan graveront plusieurs albums mémorables. Rufus existait avant que Chaka n’en devienne la chanteuse attitrée, mais n’arrivera jamais à exister sans elle – qui écoute les albums de Rufus sans Chaka Khan ? (Silence dans la salle.)
“Live – Stompin’ At The Savoy” est une heureuse parenthèse dans la carrière solo de Chak, Chak, Chak, Chaka Khan : ce (presque) double live sort un an avant la carton planétaire de “I Feel For You”, dont tout le monde apprendra par cœur  la chanson-titre, une spectaculaire reprise de Prince (président à vie du Fan Club de la dame, par ailleurs grande amie de Miles Davis), auréolée d’un rap de Melle Mel et d’un solo d’harmonica de, tiens le revoilà, Stevie Wonder.

RUFUS AND CK 45t Aint NobodyPresque double-live dit-on, puisque la quatrième face du vinyle original était enregistrée en studio, comme “Gratitude” d’Earth, Wind & Fire ou “8:30” de Weather Report. Une face, quatre pépites : One Million Kisses (dans la veine disco-soul de “Masterjam”, l’album de Rufus produit par Quincy Jones en 1980), Try A Little Understanding, propulsé par une groovyssime partie de synthétiseur basse de Greg Phillinganes et la ballade Don’t Go To Strangers, créée par Etta Jones en 1960, ici réinventée avec maestria (et live in studio) par Chaka Khan, qui phrase et swingue comme les meilleures divas jazz – au piano, feu Joe Sample, absolument parfait. Sans oublier, bien sûr, le tube imparable qui ouvrait cette face pas si cachée, Ain’t Nobody, qui permit à Chaka Khan et à Rufus de recevoir un Grammy Award bien mérité. Le (bon) son des années 1980 avec le feeling des années 1970 : c’était ça Ain’t Nobody, et on ne s’en lasse pas.

RUFUS AND CK CD BBRAin’t Nobody figure parmi les meilleures chansons du back catalogue de Rufus With Chaka Khan. Les autres, comme vous vous en doutiez, figurent toutes dans “Live – Stompin’ At The Savoy”, dans des versions suffisamment éloignées des originales – les arrangemenrs restent dans l’esprit mais sont d’une fraîcheur et d’une inventivité jubilatoires – pour qu’elle puissent exister par elles-mêmes. Comme dans les meilleurs albums live, la set list ressemble à un best of : Once You Get Started, Dance Wit Me (phénoménal), Sweet Thing, Tell Me Something Good, Stop On By (de Bobby Womack), Ain’t That Peculiar (de Marvin Gaye, et superbement “eightisé”)… Backin band plus ou moins assumé de Chaka la diva, Rufus, augmenté d’un section de souffleurs (avec Ernie Watts au sax ténor) et du percussionniste Lenny Castro, rejoue aussi l’un des hits persos de la dame, What’Cha Gonna Do For Me – la brève intro de batterie de John Robinson rappelle celle du phénoménal Rock With You de Michael Jackson (dont, soit dit en passant, on attend avec impatience la version Deluxe, à paraître cet automne).
On notera enfin que contrairement à la première édition CD, double, chère et non-remasterisée (beurk), BBR Records a fait tenir “Live – Stompin’ At The Savoy” sur un CD simple. On applaudit bien fort, en croisant les doigts pour que ce précieux label anglais puisse rééditer tous les albums de Rufus – With Chaka Khan, cela va de soi.

CD “Live – Stompin’ At The Savoy” (BBR Records). Remastering + livret de seize pages signé Christian Jones Wilkane. Les (fort élogieuses) liners notes originales de Quincy Jones sont également reproduites.