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Retour en selle et en salles pour Macadam Cowboy

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Jon Voight et Dustin Hoffman dans Macadam Cowboy (1969)

Ressortie en salles le 14 septembre du chef-d’oeuvre multi-oscarisé de John Schlesinger accompagné par la prodigieuse bande-son de John Barry. Joe Buck rides again…

Macadam Cowboy s’ouvre sur le plan d’un écran de cinéma et les bruyantes cavalcades d’une chevauchée fantastique. Puis la caméra dézoome et le spectateur découvre un drive-in abandonné, vestige d’une dernière séance rythmée par les crissements d’un manège rouillé. Joe Buck (une nomination aux Oscars pour Jon Voight) est un jeune good-old boy originaire d’une bourgade texane devenue trop petite pour lui. Joe décide de tenter sa chance à New York en devenant gigolo pour les riches ladies esseulées de Park Avenue.

macadam-cowboyJohn Schlesinger a bâti son long-métrage en opérant un décalage constant entre la fiction et la réalité. On retrouve cette même distance dans la prodigieuse bande-son de John Barry. Le compositeur britannique a écrit cinq pièces instrumentales pour Macadam Cowboy, la plus célèbre étant son thème principal, « Midnight Cowboy », une valse mélancolique jouée à l’harmonica par le regretté Toots Thielemans sur une lancinante rythmique country. Confrontés à la caméra de Schlesinger, les grands espaces de John Barry se transforment en monument de solitude urbaine, une déclinaison mélodique du spleen de Joe Buck, figure anonyme et anachronique engloutie par les flots urbain de Manhattan.

La perversion des codes musicaux de la conquête de l’Ouest se poursuit avec « Joe Buck Rides Again » : à l’image, l’épique instrumental western illustre un tout autre genre de chevauchée quand l’étalon texan retrouve sa vigueur sexuelle perdue en compagnie de l’aguichante Brenda Vaccaro. Sur « Florida Fantasy », John Barry donne dans le contre-emploi avec une rare incursion dans le registre comique. Une samba colorée défile dans l’imaginaire de Rico Rizzo (Dustin Hoffman), éclopé du Bronx rêvant d’ascension sociale et de parties de bingo victorieuses sous le soleil de Miami. Plus loin, « Science Fiction », le thème d’un nanar futuriste diffusé dans une salle de la 42ème rue, recycle habilement « Capsule In Space », la marche cosmique d’On ne vit que deux fois.

La seconde moitié de la bande-son de Macadam Cowboy aligne cinq chansons originales spécialement composées pour le film. Deux sont signées par The Groop, une formation baroque’n’folk oubliée. « He Quit Me », chantée par Leslie Miller, est une des premières compositions de Warren Zevon, le songwriter américain caustique de « Werewolves of London » (1978). On retrouvera le groupe Elephant’s Memory, interprète d’« Old Man Willow », aux côtés de John Lennon lors de son comeback sur scène au lendemain de la séparation des Beatles. midnight_cowboySi la séquence psychédélique du happening Warholien de Hansel & Gretel a marqué les entomologistes des années LSD, « Everybody’s Talkin’ », la chanson du générique écrite par Fred Neil et interprétée par Harry Nilsson, reste dans toutes les mémoires. « I’m going where the sun keeps shining, going where the weather suits my clothes », chante Nilsson en anticipant la ballade tragique de Joe Buck et Rico Rizzo. Une chanson légendaire qui faillit rester à tout jamais sur le plancher de la salle de montage : les producteurs avaient misé sur le viril « Lay, Lady Lay » que Bob Dylan ne soumettra pas à temps pour figurer dans le film. Après avoir refusé d’embarquer dans le trip motorisé d’Easy Rider – choqué par les rushes de la scène du cimetière, Bob avait choisi de ne pas chanter sur la BO – Dylan restait encore une fois sur le macadam.

Macadam Cowboy. Ressortie en salles en copie numérique le 14 septembre (distribution Mission).