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Quand Public Enemy était à son zénith

Quand, à l’été 1989, nous vîmes pour la première fois Do The Right Thing de Spike Lee sur grand écran, il y eut un avant et un après dans notre vie de cinéphile. Ce film, c’est le moins qu’on puisse dire, a marqué son temps, nos esprits, nos rétines et nos tympans. Il y a peu, au cœur du XXème arrondissement de Paris, on se remémorait quelques scènes cultes en compagnie d’un bassiste à chapeau plat qui le connaissait aussi bien que nous. « You’re the man… – No, you’re the man ! »… « Yo Mook – Yeeah, what ? – Stay black man. » « Pino, who is your favorite artist ? Prince ! – No man, Bruce, the Boss, man… – No Pino, Prince… » Etc., etc. Comment ne pas évoquer non plus ce fameux générique où Rosie Perez fait furieusement bouger son corps au son de Fight The Power de Public Enemy ? Autant l’avouer, c’est ce fabuleux morceau qui nous a définitivement fait aimer le groupe du political preacher Chuck D et du zébulon-à-grosse-montre-pendentif Flavor Flav, que nous eûmes la chance de voir en concert au Zénith – quel souvenir !

En 1989, Fight The Power n’était disponible qu’en maxi 45t ou dans le cd de la BO de Do The Right Thing, que l’on se procura illico, ainsi que “Yo ! Bum Rush The Show” et “It Takes A Nation Of Millions To Hold Us Back” de Public Enemy, deux brûlots que l’on mit un certain temps à admettre, à comprendre et à digérer. La musique de Public Enemy était âpre, puissante, féroce, dérangeante, mais toujours funky, et méchamment novatrice. L’écouter au casque en marchant dans la rue procurait un plaisir fou. Essayer de convaincre ses amis jazzfans que Public Enemy faisait une musique aussi créative que Miles Davis en 1972 était une autre paire de manches, voire une mission impossible (big up à notre ami Bernard Loupias, aka MC Loulou, Grand Initiateur Hip-Hop qui nous donna les bonnes clés pour défendre notre cause d’amateur-militant).

Au printemps 1990, “Fear Of A Black Planet” déboula à son tour dans les bacs. Quoique conscient de l’importance esthétique – et bientôt historique – de “It Takes A Nation Of Millions To Hold Us Back”, c’est bien celui-là qui nous trusta les tympans des mois durant. Dans les années qui suivirent, à peu près jusqu’au milieu des années 1990, d’autres chefs-d’œuvre du hip-hop nous firent un effet aussi durable : ceux de De La Soul, de A Tribe Called Quest, de Gang Starr et du Wu-Tang Clan.

Aujourd’hui, après des années d’attente, “It Takes A Nation Of Millions To Hold Us Back” et “Fear Of A Black Planet” sont ressortis il y a quelques semaines en Deluxe Edition (tous deux sur Def Jam Recordings / Universal). Le premier en 2 CD / 1 DVD (le disque original, un disque de remixes et un mix concert filmé/vidéo-clips), le second en 2 CD (le disque original et un disque de remixes, dont la fameuse version instrumentale Powersax de Fight The Power avec Branford Marsalis). Les samples génialement trafiqués et les beats assassins concocté par les chercheurs-trouveurs Bomb Squad – les Teo Macero de leur époque – n’ont pas pris une ride, et s’écoutant avec autant de délectation que se regarde un tableau de Jean-Michel Basquiat… ou Do The Right Thing de Spike Lee.

Frédéric Goaty