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Nile Rodgers : « David Bowie m’a donné la liberté »

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En 1982, Nile Rodgers aperçoit David Bowie dans un club New-yorkais. De leur rencontre fortuite naîtra “Let’s Dance“, l’album qui relancera leurs carrières respectives sous l’influence conjuguée d’Henry Mancini et de Little Richard. Le guitariste/producteur Nile Rodgers au micro de Muziq.

« Quand Chic a dû se séparer, nous avons continué à aller en studio avec Bernard (Edwards, bassiste de Chic, ndr). Au cours des dernières sessions de Chic, on enregistrait comme des robots. On cherchait autre chose, mais on ne trouvait pas. C’est à cette époque que j’ai rencontré David Bowie. J’avais l’habitude d’aller au club Continental avec Billy Idol, et un soir, on l’a aperçu dans un coin du bar, en train de boire tout seul. Bowie m’a donné la liberté, mais aussi le désespoir d’essayer de trouver quelque chose de nouveau. Quand on écoute Just Call Me, un inédit du coffret “Savoir Faire“ de la Chic Organization, on comprend tout de suite d’où vient Let’s Dance. À l’époque, j’enregistrais mon album solo “Adventures in the Land of the Good Groove“. Bowie est venu me voir et il m’a fait écouter la maquette de Let’s Dance qu’il avait enregistré à Montreux. Inutile de dire que sa version n’avait rien à voir avec la mienne (rires) ! ».

220px-LetsDance« Quand on est musicien, on vit avec des idées, et on les conserve souvent pour pouvoir les ressortir au moment opportun. Quand David Bowie est entré dans ma vie, nous n’avons pas commencé par aller en studio. Nous avons regardé autour de nous, nous sommes beaucoup sortis et nous avons écouté plein de musique. Bowie m’a branché sur Little Richard. C’était une de ses idoles. Il me disait : « Tu veux voir ce qu’est le rock’n’roll ? », et il me montrait une photo de Little Richard dans une Cadillac avec sa coupe de cheveux incroyable. « C’est ça le rock’n’roll, et c’est ça qu’on va faire. » Pour Bowie, cette photo, c’était le concept de “Let’s Dance“. Il n’arrêtait pas de me la montrer pendant les sessions. Nous avons aussi beaucoup écouté Henry Mancini, surtout The Pink Panther, et il je me souviens qu’il y avait aussi une version de Route 66 sur ce même album. D’un seul coup, j’ai tout compris et j’ai entendu la rythmique de Let’s Dance. En réalité, je ne joue pas grand-chose sur cette chanson, mais l’utilisation du delay est très importante. Je ne l’utilisais jamais dans Chic, mais U2 s’en servait, il fallait donc que j’essaye à mon tour. Let’s Dance, c’est tout simplement moi en train d’essayer d’imaginer la prochaine direction de la dance music. »

Propos recueillis par Christophe Geudin