Muziq, le site qui aime les mêmes musiques que vous
Muziq News

Nathan East, entre Daft Punk et Daft Funk

L’un des bassistes les plus demandés de la planète pop vient de publier son premier album, enfin distribué en France.

EAST Nathan Photo XDRRendez-vous compte, Nathan East, celui qui joue sur Get Lucky des Daft Punk ! Bon, on se permettra de préciser, en prélude aide-mémoire, qu’avant d’enregistrer avec le duo frenchy le plus hip de la planète pop, cet instrumentiste fluide et élégant avait déjà glissé quelques lignes de basse bien senties dans les chansons de Stevie Wonder, Toto, Herbie Hancock, Eric Clapton, Al Jarreau, Philip Bailey, Joe Cocker, Fourplay (combo smooth jazz très populaire aux Etats-Unis), Michael McDonald, les Four Tops, George Benson, Michael Jackson, The Jacksons, les Pointer Sisters, Kenny Loggins, Phil Collins, Don Felder et Lionel Richie, « just to name few », comme disent les héros de studio que se la jouent modeste.
Ses influences ? Charles Mingus, Ray Brown et Ron Carter côté contrebasse (mais si, vous savez bien, ce gros violon qui ressemble à maman mais qui parle comme papa), James Jamerson, Paul McCartney et Chuck Rainey côté basse électrique. Y’a pire. Comme la plupart des grands accompagnateurs, Nathan East n’a pas fait carrière sous son nom. Il n’avait même jamais enregistré de disque personnel ! Attendre d’avoir 60 ans, ou presque – il est né Philadelphie le 8 décembre 1955 – pour publier son premier disque donne la mesure de sa dévotion à la musique des autres, et plus encore à l’art du songwriting.

Dans la catégorie “disque de bassiste”, “Nathan East” n’aura pas le même impact que le premier de Jaco Pastorius – ça, on pouvait s’en douter… Sachant mieux que quiconque qu’il n’aura sans doute pas beaucoup d’autres occasion d’enregistrer un disque sous son nom, il a un peu cédé au syndrôme du catalogue d’influence, du disque carte-de-visite. Nathan East n’est pas un lead bass player doublé d’un compositeur comme Larry Graham, Stanley Clarke ou Marcus Miller, et il quand il essaye de mettre son instrument en avant, ce n’est pas forcément là où il est le plus convaincant – les premières secondes de la reprise d’I Wish figent les tympans dans l’angoisse (I Wish est chef-d’œuvre absolu que personne ne devrait reprendre tant il incarne Stevie Wonder). Fort heureusement, sa fascination pour la musique du wonderful Stevie lui brûle les doigts, et on finit par se laisser emporter.
Juste avant, en ouverture, 101 Southbound, avec ses petits airs d’Earth Wind & Fire, avait donné le ton : “Nathan East” swingue entre jazz soft, soul soyeuse et funk chromé. Avec un son d’ensemble hyper-travaillé qui, tiens donc, rappelle celui du dernier Daft Punk, “Random Access Memory”, le disque qui a fait découvrir Nathan East, John Robinson, Omar Hakim et Paul Jackson, Jr. à la génération Deezer.

EAST Nathan PochetteIl y a plusieurs reprises dans “Nathan East”. Elles ne sont pas toutes réussies. Si Moondance de Van Morrison (chanté par un Michael McDonald impeccable, et featuring Tom Scott, Greg Phillinganes et Vinnie Colaiuta) et I Wish séduisent, Can’t Find My Way Home de Blind Faith (chanté par, hélas, East en personne, et même pas sauvée par son boss Eric Clapton), Overjoyed de Stevie W. (smoothjazzée à l’excès, à peine réhaussée par l’harmonica du Maître…) et Yesterday (en duo avec son fiston Noah, au piano) laissent de marbre.
Parmi les compositions originales, et parce qu’on a beaucoup de respect pour Monsieur East, on distinguera SeveNate, qui aurait pu figurer sur un bon Dave Grusin (ou un bon Lee Ritenour), Moodswing, avec Bob James au piano (East a sorti sa contrebasse de son étui, et il a bien fait), et, last but not least, le meilleur morceau de l’album, Daft Funk, qui fait évidemment songer à Get Lucky : production utra-chiadée, groove marshmallow et vocoder top-funky. Si les charts pop et/ou R&B de 2015 laissaient encore de la place aux instrumentaux réhaussés d’un refain accroche-tympan, nul doute que Daft Funk aurait tutoyé les sommets. Bilan mitigé, donc, mais “Nathan East” n’en reste pas moins un album attachant, parce que produit avec amour.

CD “Nathan East” (Concord Records Telarc / Socadisc, sortie le 18/9)