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Miles Davis, Miles Ahead, le biopic, la critique

Miles Ahead, le biopic de Don Cheadle consacré à la vie de Miles Davis, faisait le 11 octobre dernier la clôture du New York Film Festival. Une première projection très attendue pour un film libre et audacieux. Pauline Guedz y était Jazz Magazine. Réédition de sa critique, en attendant l’hypothétique sortie du film en France.

DAVIS Photo 1 Sony Pictures ClassicsCela faisait presque dix ans qu’un film sur Miles Davis trottait dans la tête de l’acteur Don Cheadle. Flashback. En 2006, à l’issue de la cérémonie qui avait inscrit Miles Davis au Rock And Roll Hall Of Fame, Vince Wilburn, neveu du trompettiste, avait annoncé sans consulter Cheadle qu’un projet de film était en cours et que l’acteur y aurait le rôle titre. Propulsé dans l’aventure à son insu, Cheadle finira par la transformer en une entreprise personnelle. Travaillant avec la famille de Miles, s’acoquinant avec Herbie Hancock, son conseiller, l’acteur fera de Miles Ahead son premier film en tant que réalisateur et optera pour une production indépendante fondée sur le financement participatif. Résultat d’une aventure originale, Miles Ahead est un film intelligent, parfois foutraque, mais profondément audacieux.
Audacieux parce qu’il n’a rien d’un biopic traditionnel. Au lieu d’opter pour un récit chronologique ou d’insister sur un épisode de la vie de l’artiste, le film se construit autour de deux fils narratifs. Une première trame, parfois un peu caricaturale, faite de flashbacks, montre Miles version 1950-1960. On le voit jouer avec Gil Evans, son second quintette, et surtout vivre une histoire mouvementée avec son épouse d’alors, Frances Taylor. Cheadle y interprète Miles avec révérence, en fan sobre et admiratif.

DAVIS Photo 3Un deuxième fil narratif nous propulse en 1978. Miles vit reclus dans sa maison de New York, où il est harcelé par un journaliste, joué par Ewan McGregor [vu dans Trainspotter et Star Wars, entre autres, NDLR]. Le film balance entre réalité et fiction, dessinant un Miles Davis héros d’un polar blaxploitation, dans lequel, courses poursuites à l’appui, il part à la recherche d’une bande volée par des producteurs véreux. Dans cette deuxième trame, le jeu de Cheadle change. Il n’est plus seulement Miles : il joue Miles Davis qui fait l’acteur dans un film.
Ce dispositif, qui depuis la projection déroute une partie de la critique américaine, permet à Miles Ahead de ne pas sombrer dans le principal défaut des biopics : mal montrer ce qu’un documentaire aurait pu parfaitement faire. Avec Miles Ahead, on est au coeur d’un projet cinématographique qui, via des allers-retours entre fiction et réalité, essaie de s’approcher au plus près des marques de fabrique de la figure qu’il traite : sa liberté, son sens de la remise en question permanente et son humour.

Le tour de force de Miles Ahead réside aussi dans son traitement de la musique. Là aussi, le film ne croule pas sous les restitutions de concerts, de séances d’enregistrement, où l’interprétation de Cheadle ne sera jamais aussi passionnante que la vision documentaire du vrai Miles Davis au travail. Si la musique est présente dans Miles Ahead, c’est surtout par le son. Le film est nappé par la musique de Miles Davis, dans toutes ses époques et toutes ses tendances. La band-son, en nous plaçant dans la tête du héros, nous confronte à ce que Cheadle imagine être son regard sur le monde, un regard profondément déterminé par ses productions musicales passées et à venir.

Pour ce travail, Don Cheadle, luimême saxophoniste, a demandé à Robert Glasper de composer des musiques supplémentaires et de réadapter certains morceaux de Miles Davis pour l’écran. « L’enjeu, explique Cheadle, était aussi de montrer la modernité de la musique de Miles, son actualité ». La scène ultime du film, tout en héritage, est à ce titre explosive. On ne vous en dit pas trop, mais attendez vous à voir du beau monde !