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L’Onj, 30 ans, 10 chefs, 1 belle soirée

Hier soir, à la Cité de la Musique, dans le cadre de Jazz à La Villette, la soirée ONJ 30 ans ! a réuni les dix chefs d’orchestre qui ont participé à l’aventure depuis 1986, autour des musiciens de sa plus récente incarnation, celle dirigée par Olivier Benoit.

ONJ TicketParis, Le Zénith, 4 novembre 1986. Quelques mois après avoir manqué Prince au même endroit – voilà ce qui arrive quand on part en vacances au moment où les places sont mises en vente… –, le jeune jazzfan est tout excité à l’dée de retrouver son trompettiste favori : Miles Davis.
« T’as vu, y’a une première partie on dirait, Orchestre National de Jazz… – Ouais, c’est nouveau… Y’a des super musiciens français je crois… – J’aurais bien voulu que ça commence direct par Miles moi… – Moi aussi, mais bon, c’est peut-être bien, on va voir… »
Et vlan : à la fin du concert de l’Orchestre National de Jazz, premier du nom, dirigé par François Jeanneau et featuring une bande de solistes dont l’énoncé sonne aujourd‘hui comme celui d’un improbable all star (Denis Leloup, Yves Robert, Jean-Louis Chautemps, Michel Benita, Marc Ducret, Andy Emler…), le jeune jazzfan et son pote sont comme des fous !
« T’as vu le guitariste, monstrueux ! Son solo tout seul là, aussi fort que Metheny… Le mec il relevait ses lunettes tout en jouant, dingue… – Ouais, s’ils font un disque je vais l’acheter moi… »
Ainsi, au mitan des glorieuses eighties, l’Orchestre National de Jazz, qu’on ne nommait pas encore systématiquement ONJ (l’“acronymisme” n’était pas encore un tic de langage…), plaisait aux djeunes. Logique : il y avait une fraîcheur, une ferveur communicative dans la musique de François Jeanneau, ce qui n’excluait pas certaine sophistication. Et, donc, de sacrés solistes.

En 1986, le jeune jazzfan évoqué plus haut était loin de se douter que trois décennies plus tard il assisterait à la grande soirée anniversaire de l’Orchestre National Trentenaire – et toujours de Jazz, of course. Il était loin de se douter qu’à François Jeanneau succèderaient neuf autres chefs d’orchestre qui imprimeraient tous leur marque sur cette désormais vénérable institution.

L'ONJ actuel, dirigé par Olivier Benoit. Photo : Denis Rouvre (le photographe, entre autres, de la pochette du dernier Kendrick Lamar)

L’ONJ actuel, dirigé par Olivier Benoit. Photo : Denis Rouvre (le photographe, entre autres, de la pochette du dernier Kendrick Lamar)

Jeanneau, Antoine Hervé, Claude Barthélemy, Denis Badault, Laurent Cugny, Didier Levallet, Paolo Damiani, Franck Tortiller, Daniel Yvinec et, donc, Olivier Benoit, ils étaient venus ils étaient tous là hier soir. Passée la première partie, durant laquelle l’Onj d’Olivier Benoit joua le répertoire issu de leur second CD, “Europa Berlin” (ONJ Records), ils furent conviés, chacun son tour, à diriger l’Onj actuel, qui, tour de force s’il en est (un an de travail !), interpréta un titre emblématique issu de leur songbook.
De Jazz Lacrimogène (Jeanneau) à Shipbuilding (Yvinec, arrangé par Vincent Artaud et chanté par Yael Naim) en passant par, entres autres, Desert City (Hervé), Real Politik (Barthélemy), In Tempo (Cugny) et Valse 2 (Tortiller), nous vîmes défiler trente ans de musique, et un peu de nos vies avec. Fort logiquement, les émois les plus prononcés faisaient écho à ceux que nous avions éprouvés à l’époque, ou plus précisément à chaque époque.

La soirée aurait pu être longue, longue… Le défilé statique et compassé. Au contraire, la fluidité était de mise, les temps morts prohibés, et tandis que les auditeurs de France Musique la dégustaient en direct (et avec, nous dit un collègue, un très bon son, contrairement à celui de la Cité de la Musique, qui n’aime toujours pas la musique amplifiée), le public, nombreux, découvrait un à un les ex-chefs. La bonne idée, c’est qu’après chaque morceau, ils étaient brièvement interviewés par le coolissime Arnaud Merlin, sur scène, mais comme à la radio. Les Jeanneau, Barthélemy, Tortiller et autres Hervé distillèrent non sans malice, parfois, anecdotes savoureuses et souhaits de bonheur pour l’avenir de l’orchestre.

Ciao... Et rendez-vous dans trente ans

Ciao… Et rendez-vous dans trente ans

Au pince-fesse d’après concert, le mundillo du jazz hexagonal établissait dans la joie et la bonne humeur ses tops et ses notes de la soirée. Le jeune jazzfan, nettement moins jeune, hélas, a partagé, ou non, ses coups de cœur (Jazz Lacrimogène de Jeanneau, In Tempo de Cugny, Real Politik de Barthélemy…). Les sourires étaient sur toutes les lèvres. Seront-nous là pour la soirée des soixante ans ? Qui sait. En attendant, celle des trente fut réussie. Bon anniversaire l’Onj. Et l’on se souviendra longtemps du solo de violon de Théo Ceccaldi dans In Tempo de Laurent Cugny, du solo de trombone de Fidel Fourneyron (en première partie) et des vertigineux breaks de batterie d’Éric Échampard dans Valse 2 de Franck Tortiller. •