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Les Jazzmag Ladies conquièrent l’Alhambra

Samedi 23 janvier, Jazz Magazine occupait l’Alhambra pour sa Ladies Night, son premier festival, renouant avec la vocation de ses fondateurs, Frank Tenot et Daniel Filipacchi, programmateurs des grands concerts Europe 1 des années 1950. À l’affiche, Malou Beauvoir, Terez Montcalm et Géraldine Laurent.

Mathias Allamane, Malou Beauvoir et Olivier Ker Ourio

Mathias Allamane, Malou Beauvoir et Olivier Ker Ourio

C’est devant un Alhambra plein comme un œuf que Malou Beauvoir pénètre sur la scène de son premier grand concert parisien, entourée de Manuel Rocheman (piano), Mathias Allamane (contrebasse), Francis Arnaud (batterie). Très à l’aise face à son public, elle se présente à sa manière, en invitant au voyage sur les traces de ses racines, où l’on apprend qu’elle est née à Chicago de parents haïtiens, et qu’elle a vécu à Paris, d’où lui vient sa maîtrise du français qu’elle abandonne ici et là le temps de quelques mots lorsque le naturel revient au galop. Un naturel qui n’est pas le moindre de ses atouts, qu’elle fréquente les standards du jazz, s’aventure sur le terrain de la pop, revisite la chanson française ou invoque Papa Damballah, l’esprit de la connaissance dans la mythologie haïtienne. Le tout d’une voix chaude, ronde, aussi sûre que spontanée. Elle fait preuve d’un placement rythmique très libre sur tous les tempos, encouragée par un orchestre qui contraste avec son album très soigné, “Is This Love”, avec un certain Don McCaslin, dont le saxophone ténor est devenu familier depuis que le dernier disque de David Bowie tourne en boucle sur les ondes.
Sur scène, auprès de Malou Beauvoir, l’harmonica a pris la place du ténor, entre les doigts d’Olivier Ker Ourio qui rend l’instrument sensible et malléable comme aucun autre, sinon le grand Toots Thielemans dont il est plus que le simple héritier. En outre, il est l’arrangeur du groupe qui donne son unité au répertoire de Malou Beauvoir, tout en donnant ce qu’il faut de bride à chacun des instrumentistes qui méritent tous leur part du gâteau. Occasion de découvrir au grand jour un jeune homme dont la réputation a grandi lors des nuits du Baiser Salé sur la rue des Lombards, le guitariste Anthony Jambon, qui offrira à La Vie en rose une introduction qu’on chérissait encore en quittant la salle.

Gros succès, entracte, on s’arrache les disques de Malou Beauvoir au stand de Jazz Magazine dans le Hall de l’Alhambra, où l’on découvre notamment la nouvelle collection de t-shirts Jazz Magazine imprimés de couverture vintage du journal.

Terez Montcalm

Terez Montcalm

Mais déjà l’heure est venue d’entendre Terez Montcalm qui, avec un orchestre réuni pour la première fois dans la matinée, remplace au pied levé Kellylee Evans, victime d’une chute et d’une commotion cérébrale qui l’a contrainte à annuler ses concerts. Guitare et rock attitude à la Chrissie Hynde, elle est dingue la Terez et c’est son atout. Cette voix tremblante, fiévreuse, pourrait donner envie de fuir. C’est l’effet que peut donner son disque “Quand on s’aime”, album jazzy de chanson française comme nous en écartons chaque année des dizaines de notre sélection discographique, s’il n’y avait ce côté excessif qui ne peut laisser indifférent dans un sens comme dans l’autre. Et si l’on a pu fuir son disque, en sa présence, on reste, fasciné, puis captivé. Parce qu’elle est dingue et que cette dinguerie explose d’autant plus sur scène qu’elle a un orchestre d’exception : sa pianiste régulière Camélia Ben Naceur, Pierre Perchaud (guitare), Thomas Bramerie (contrebasse), Franck Agulhon (batterie).
Et soudain, reprenant Fever sur les paroles de Claude Nougaro – Docteur – dont la dinguerie lui va comme un gant, elle lâche la bride et le piano de Camélia s’envole avec des accents hancockien à la Succotash entraînant tout l’orchestre derrière elle. Ça s’étire, Terez jubile, le public explose… « Il est pas mal cet orchestre, non ? Il va falloir qu’on fasse un disque ! » Et à la fin de la chanson suivante : « C’était moins bien les gars. Il faut jouer jazz comme tout à l’heure. On joue pour Jazz Magazine, quand même ! » Le concert se poursuivra entre ces deux extrêmes, les excès de la chanteuse qui confinent au tic et ces moments de grâce où le lâcher prise de l’orchestre se conjugue avec les visions de Terez. Et ce sont elles que retient le public : triomphe ! Elle salue la France, pour la vitalité de la scène jazz qui, au Canada, survit sous l’éteignoir entre les flambées annuelles du festival de Montréal. Et elle annonce son amie Géraldine Laurent qui vient d’arriver en hâte de la Maison de la Radio où son quartette se produisait en fin d’après-midi.

Paul Lay et Géraldine Laurent

Paul Lay et Géraldine Laurent

Le voici donc ce quartette, présenté par Edouard Rencker et Frédéric Goaty, qui dévoilent en avant-première les résultats du “critic poll” 2015 de Jazz Magazine à découvrir dans notre numéro de février : Géraldine Laurent, artiste française de l’année ; et son pianiste Paul Lay, révélation française de l’année. À leurs côtés, le contrebassiste Yoni Zelnik, l’intense, le discret, le vigilant, tout à la fois la fois solide comme un phare de haute mer et vif comme un feu follet ; le batteur Donald Kontomanou, un son de batterie distingué comme un habit de haute couture et un swing naturel comme les ondulations d’un peuplier sous le vent. Le répertoire du quartette est à cette aune : élégant et sauvageon, entêtant et insaisissable, fuyant d’un tempo l’autre, le piano et le saxophone comptant sur la sûreté de leur rythmique pour multiplier les chassé-croisés en une course folle, la sonorité mal peignée de Géraldine, pourtant avide de mélodies, Paul Lay tout au bonheur du piano qu’il a entre les mains, un sublime Bösendorfer de la maison Nebout & Ham, qu’il fait galoper, rugir, miroiter, planer, fuser, fleurir, murmurer.

Tendre effusion finale sur le Goodbye Pork Pie Hat de Charles Mingus. L’équipe de Jazz Magazine monte sur scène pour un “au revoir” autour de Tristan Bastid, qui dans l’ombre de cette soirée dont il était le maître d’œuvre, vient de passer brillamment son épreuve du feu.

L’équipe de Jazz Magazine : Tristan Bastid, Fatima Drut-Jasic, Malou Beauvoir, Terez Montcalm, Claude Gentiletti, Christophe Gouju, Frédéric Goaty, Eduard Rencker, Franck Bergerot, Cécile Mandel-Fuchs, Lionel Eskenazi, Stéphane Ollivier, Paul Jaillet et Pascal Rozat.

L’équipe de Jazz Magazine : Tristan Bastid, Fatima Drut-Jasic, Malou Beauvoir, Terez Montcalm, Claude Gentiletti, Christophe Gouju, Frédéric Goaty, Eduard Rencker, Franck Bergerot, Cécile Mandel-Fuchs, Lionel Eskenazi, Stéphane Ollivier, Paul Jaillet et Pascal Rozat.