Muziq, le site qui aime les mêmes musiques que vous
Classiq Rock

Les douze travaux de Bob Dylan

Dylan 65

« Cette batterie me rend dingue ! », coupe Bob Dylan au terme d’une troisième prise électrifiée et lourdement trébuchante de « Mr. Tambourine Man ». On peut entendre cette curiosité dans The Cutting Edge 1965-1966, le douzième volume de la fameuse Bootleg Series du barde électroacoustique. Instaurée en 1991 avec une triple tome de 58 chutes, versions de travail et titres inédits, cette collection fascinante révèle depuis bientôt 25 ans l’oeuvre parallèle et souvent passionnante d’un indécis de l’enregistrement studio. Chez Dylan, pas de nuances infimes de mixages, d’edits inconséquents ou de versions qui n’ont d’alternatives que l’adjectif – hello, Jimmy P. ! À l’instar d’un Bruce Springsteen, d’un Peter Gabriel ou, plus près d’ici, d’un Bashung, chaque plage d’album dissimule une création ayant vécu plusieurs vies antérieures avant leur gravure finale sur bande magnétique.

Bob Dylan Studio Portraits Side Light: 1965-330-007-082 Manhattan, New York, USA 1965

Après deux derniers tomes en demi-teinte (Another Self Portrait basé sur le déjà peu reluisant Self-Portrait, et quel Dylanophile aigu a-t-il réussi à digérer la totalité des surestimées Basement Tapes ?), The Cutting Edge 1965-1966 regroupe le meilleur de la face cachée des séances de Bringing It All Back Home, Highway 61 Revisited et Blonde On Blonde, soit les trois plus hauts piliers sixties de la légende Dylanienne. Ce douzième palimpseste discographique dévoile la vision d’un Dylan en jewfro âgé de 24 ans, flanqué des meilleures gâchettes de Nashville et des plus redoutables hommes de sessions new-yorkais : les licks pic-à-glace de Mike Bloomfield lacèrent « Tombstone Blues », les points d’interrogation d’orgue d’Al Kooper font planer l’étrange sur « Leopard-Skin Pill-Box Hat » et le pianiste Paul Griffin, trait d’union humain entre King Curtis et Aja, conclut « One Of Us Must Know (Sooner Or Later) » sur une brillante improvisation Rachmaninovienne. Derrière la console, Bob Johnston encourage les crash-tests de vitesse les plus risqués avec un « Just Like Tom Thumb’s Blues » subtilement ralenti contre un « Visions Of Johanna » doublé à la croche par Robbie Robertson, Garth Hudson, Richard Manuel et Rick Danko, déjà un Band à part.

bob-dylan-promo-2015-650x400Regroupées dans le derniers tiers de la visite, les explorations de Blonde On Blonde sont celles qui réservent le plus de surprises : écartelé entre Gypsy Davy et Chuck Berry, Dylan compose organique mais pense électrique en faisant sonner « Absolutely Sweet Mary » comme une chute d’Aftermath tandis que les outtakes de « Just Like a Woman » et « I Want You » résonnent comme de vaillants concurrents americana à l’invasion britonne. À l’instar de la grande majorité des prises présentes sur le catalogue Dylanien, la totalité de The Cutting Edge 1965-1966 est prise sur le vif – d’hilarants dialogues de cabine entre Dylan et le producteur Tom Wilson sont également à signaler. Au-delà de la mystique Dylanienne, ces précieux documents d’archives renvoient à une époque où l’enregistrement ne consistait pas à rassembler des fichiers, mais à capturer une performance.

Bob Dylan The Bootleg Series Vol. 12 – The Cutting Edge 1965-1966 (Sony Legacy). Disponible en versions 2-CDS, 3-LPs, 6-CDs et 18 CDs pour les visiteurs de Bobdylan.com qui souhaiteraient posséder TOUTES les notes enregistrées par Bob Dylan entre 1965 et 1966 !