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Kendrick Lamar, le nouveau porte-voix de l’Amérique noire

“To Pimp A Butterfly” est-il le premier chef-d’œuvre du XXIe siècle ? Est-il raisonnable de parler de chef-d’œuvre ? Kendrick Lamar est-il le sauveur de la musique afro-américaine créative ? Tentative de réponse, en forme de lettre ouverte à son auteur, le rappeur le plus écouté de la planète.

LAMAR Kendrick 4Cher Kendrick Lamar,
Vous êtes né le 17 juin 1987 à Compton, dans la banlieue de Los Angeles. Une ville dure, une ville star dont le nom a si souvent claqué dans les rimes des rappeurs qui vous inspirent, ceux de la Côte Ouest, vos grands frères, les Dr. Dre, Ice T, Ice Cube et autres Snoop Dogg.
Ce jour-là, signe des temps, Prince donnait à Paris le dernier de ses quatre concerts triomphaux à Bercy. A cette époque, le rap n’était pas encore une musique que je prenais vraiment au sérieux – comme Prince et beaucoup d’autres d’ailleurs.
Mais en quelques années à peine, quelques milestones records que vous avez, j’imagine, appris par cœur comme moi – “3 Feet High And Rising” de De La Soul, “It Takes A Nation Of Millions To Hold Us Back” de Public Enemy, “Amerikka’s Most Wanted” d’Ice Cube, “The Low End Theory” de A Tribe Called Quest… – ont changé pour toujours ma perception de cette musique, que je n’ai dès lors jamais cessé d’aimer. Est-ce parce que je suis de la génération qui a tirebouchonné des tapis dans les boums au son du Rapper’s Delight de Sugar Hill Gang que cette musique (j’insiste sur ce mot, musique) me touche à ce point ? Allez savoir.
Moi qui suis un bavard impénitent, le flow des (bons) rappeurs, à mes oreilles, a toujours eu quelque chose de naturel, d’évident, de très jazz aussi. Vous voyez ce que je veux dire n’est-ce pas ? Umbelievable de Notorious B.I.G. par exemple, ce phrasé, c’est jazz, ça groove, ça swingue, ce time, cette façon de placer des mots, de rebondir sur les barres de mesure, de jouer avec le beat comme on passe à travers les gouttes, Biggie a pris des cours avec Donald Harrison, vous le savez, hein, forcément…

Sachez, cher Kendrick Lamar, que votre phrasé me chavire tout autant.
Sachez, cher Kendrick Lamar, que je viens d’écouter je ne sais déjà plus de combien de fois votre nouveau disque depuis trois jours. Il me “prend la tête”, il me hante, j’en ai rêvé cette nuit, je bassine mes proches avec, j’exige qu’on le diffuse dans les magasins de disques (chez Gibert Joseph, ça marche !) et il m’empêche d’en écouter d’autres.
Sachez, cher Kendrick Lamar, que j’essaye d’écrire cette lettre comme si j’ étais en train de vous parler, en tapant avec deux doigts sur mon clavier, en faisant tout mon possible – sans avoir, hélas, un don comme le vôtre – pour qu’ils suivent peu ou prou le rythme de mes pensées positives.
Comme tout le monde, je veux dire ô combien j’aime votre disque, en ne l’ayant pas encore assez écouté, comme tous mes confères. Course en sac : qui sera le premier blogueur qui… ? Pas moi. Peu me chaut. L’important c’est d’aimer.

Après avoir écouté “To Pimp A Butterfly” plusieurs fois, j’en suis persuadé : c’est un chef-d’œuvre. Et je suis, comme vous le savez déjà, loin d’être le seul à le penser, à le répéter, encore et encore, à la clamer haut et fort, loud and clear : “To Pimp A Butterfly” est un masterpiece, un fuckin’ masterpiece. (Mes copains, mes amis, mes homies, mes buddies sont d’accord, pas vrai Stéphane O., Daniel Y., Philippe D., Reza A. ?)

LAMAR Kendrick 3Un “chef-d’œuvre” ? Facile à dire. Facile à décerner comme label de qualité… Un rien galvaudé même. On a trop souvent décerné ce label suprême à des disques qui ne le méritaient pas, frustrés que nous étions par le manque de créativité, de réactivité de la Grande Musique Noire. Plus rien depuis “Voodoo” de D’Angelo. Plus d’as du rap qui piquent, ou si peu. La Badu qui joue avec nos nerfs. Prince scotché dans un monde parallèle, qui court après ses gloires vintage, qui ne veut pas vieillir, le bougre. Des morts. Des grands morts. (Noël 2007, juin 2009…) Des regrettés : Outkast / André 3000, retombés comme un soufflé trop vite monté. Pharrell Williams ? Happy, ok, mais quoi d’autre ?

Reste le jazz. Jazz is not dead (merci, on sait, pas besoin de sampler Zappa en boucle). Et de sérieux jazzmen mutants – les J-Men ? – diffusent tout au long de votre disque leur E.O.V. (Essential Organic Vibe). J’ai nommé : le saxophoniste-rappeur-producteur Terrace Martin, le bassiste Stephen “Thundercat” Bruner, le trompettiste-producteur Josef Leimberg, le trompettiste Ambrose Akinmusire, le saxophoniste Kamasi Wahsington, le pianiste Robert Glasper, les batteurs Robert “Sput” Searight (de la Snarky Puppy Connection) et Ronald Bruner, Jr… Pas de “fusion”, non, mais une présence essentielle, vitale, une ébullition undergound qui, si elle était effacée, ferait de votre disque un disque banal.
D’autres invités, plus connus du grand public ceux-là, donnent à votre opus-monde des allures de grande famille recomposée : George Clinton, Snoop Le Chien, Ronald Isley, Lalah Hathaway, Tupac Shakur, Flying Lotus, Pete Rock, Bilal, et même feu Tupac Shakur

Et puis il y a VOUS. Vous le MC pluriel. Le MC plusieurs. Le MC multiple. Votre timbre que je trouvais jusque-là (sympathiquement) nasillard, “q-tipé” en diable [Q-Tip est le rappeur fondamental de A Tribe Called Quest, NDR], je le reconnais à peine, parfois. Vous jouez des personnages, vous changez de voix, votre phrasé s’accélère, votre flow se dilate, s’étire, serpente, ralentit, attaque, résiste. Vous êtes colère, séducteur, teaser, c’est selon, c’est du grand art. Vous êtes un surdoué. Un saxophoniste de jazz qui souffle des mots. Le nouveau porte-voix de l’Amérique noir, de ceux qui pensent tout bas mais qui n’ont pas le verbe assez haut pour le dire. Attention cher Kendrick Lamar : j’espère que vous avez les reins solides.

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Votre perf’ au Colbert Report témoigne de talent hors-normes. Elle me flanque des frissons tiens. (Ce morceau n’est pas sur votre nouveau disque ! Je le veux ! Où est-il ?) :

“To Pimp A Butterfly”, quel titre génial, est un disque parfait. Sans faille, sinon une, ouverte, à vif, béante, d’où s’échappe un geyser d’idées nouvelles, un torrent d’inventions brûlantes. “To Pimp A Butterfly” me fait le même effet que, naguère, Do The Right Thing du regretté Spike Lee : un avant, un après.

Je ressens comme une fierté en écoutant “To Pimp A Butterfly” : un gamin de 28 ans synthétise avec maestria tout ce j’aime, tout ce que je défend, tout ce que je partage, modestement, de ci de là, dans mes magazines, lors de mes conférences, et sur ce site désormais.

J’aimais déjà le superbe “good kid, m.A.A.d city – a short film by Kendrick Lamar”, mais là, vous entrez dans une autre dimension. Celle des artistes qui vont rester. D’aucuns vous décernent sans ciller [big up Phil’hip D.] le prix de meilleur rappeur de l’année, de la décennie, de tous les temps. C’est bien, il faut toujours exagérer un peu.
Perso, je place sans hésiter “To Pimp A Butterfly” dans la catégorie des chefs-d’œuvre. (Je sais, je me répète.) Qui ne révolutionne rien (encore que), mais qui ouvre de nouveau des perspectives, qui élève le débat.
Votre “To Pimp A Butterfly” va marquer notre époque troublée. Votre “To Pimp A Butterfly” va rester. “To Pimp A Butterfly”, c’est la bande-son de la fin des illusions, la bande-son de l’Amérique des cops qui continuent de tuer des Noirs parce qu’ils sont noirs (« Yes I can ! »), la bande-son de l’espoir, tout de même, comme niché au fond de chacun.

Cher Kendrick Lamar, vous n’êtes (peut-être) pas Sly Stone, (peut-être) pas Marvin Gaye, (peut-être) pas Stevie Wonder, “To Pimp A Butterfly” n’est (peut-être) pas “What’s Going On”, (peut-être) pas “There’s A Riot Going On”… (On verra ça en 2035.)
Pas plus que Robert Glasper n’est Herbie Hancock, Thundercat Jack Bruce, Ambrose Akinmusire Miles Davis.
Mais ça y ressemble, et ce n’est pas rien. Continuez le combat jeune homme.

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Votre disque aux vertus semble-t-il inépuisables est un film pour les oreilles (sans doute pour ça qu’il me rappelle les meilleurs Spike Lee). Moins qu’un rappeur, dites-vous, vous êtes un « writer », un écrivain, un « storyteller ». On ne saurait le nier. Mais vous êtes, que vous le vouliez ou non, un sacré rappeur. Doublé, c’est vrai, et ce qui vous distingue de la masse pour longtemps j’espère, d’un prodigieux (ra)conteur. Vous boxez, vous jonglez, vous dansez avec les mots. Votre perf’ hallucinante au Colbert Report, qui en appelle forcément d’autres, témoigne aussi de votre oreille affûtée : passée une montée en puissance verbale qui, si j’étais capable de la faire m’aurait laissé sur le carreau (je rêve de rapper parfois), vous retombez sur vos pattes et n’oubliez pas de présenter votre saxophoniste, Terrace Martin. Impressionnant. Très impressionnant.

LAMAR Kendrick CD

Ah, la pochette… Photo signée par le grand portraitiste Denis Rouvre. Rien que ça. Des Noirs, des black guys, petits et grands, hilares, torse-nu, biftons dans les pognes, champ’ au goulot, vautrés sur un whitey en costard, les yeux barrés d’une croix. Mon tout devant la baraque d’Obama. Allons bon. La disque va rester : sa pochette aussi. Décidément, tout est parfait. On attend le vinyle.

Allez, on traque, track by track :

Wesley’s Theory
Bruits de surface. 33-tours usé. Fondu en ouverture, un fade in comme on dit. Sample de Every Nigger Is A Star de Boris Gardiner (1973). Bien sûr, on pense à Star / Pointro de The Roots (“The Tipping Point”). Le sample de Every Nigger Is A Star fait songer :
1) à Everybody Is A Star, samplé dans Star / Pointro de The Roots ;
2) aux origines jamaïquaines du rap.
On adore le coup de fil de votre médecin agréé Séc, Dr. Dre (« Remember you first came out to the house ? »). Et le featuring de George Clinton, le Grand Chirurgien P-Funk. Vous rassemblez ainsi deux maîtres, dont l’un (Dre) est l’élève de l’autre (Clinton). Quarante ans de grooves sanguins concentrés en 4’47”. Enorme. Comme la basse vrombissante gonflée aux hormones Bootsy de Thundercat. Comme votre flow affirmé, cinématique. Big up à la prod’ de Flying Lotus.

For Free ? (Interlude)
Le flow est insensé, insane comme chantait Larry Blackmon avec Cameo… « Oh America, you bad bitch, I picked the cotton that made you rich / Now my dick ain’t free » Eloignez les enfants. Et les flics. Sexualité / esclavage / sexualité/ esclavage. Mélange détonnant. Sens poétique génial. Les vingt dernières secondes ! Historiques ! Spécial bonus : de l’humour. Et du jazz. Du vrai. Chef-d’œuvre. Ce « This dick ain’t freeee » va rester, comme les plus belles saillies de Richard Pryor et de Dave Chappelle.

King Kunta
Toutous au garde-à-vous sur chaque temps. Une armée d’Atomic Dogs empruntée à grandaddy Clinton. Voix éraillée au possible, le grain du bitume. Vers 2’09”, le break vertigineux me fait penser à Steve Biko (Stir It Up) de A Tribe Called Quest. Comme les jazzmen, vous faites fructifier l’héritage. Et faites un clin d’œil gros comme ça à Michael Jackson : « So Annie, are you OK ? »

Institutionalized
Rythme entre chien et loup… Les lumières de la ville clignotent… Timbre nasillard assumé, voire amplifié, limite façon Sir Noze, l’un des avatars de grandaddy Clinton. A 1’03”, « Zmm, zmm, zmm… », changement de tempo. Changement de voix aussi. Lamar, vous êtes le Fregoli de la corde vocale ! On adore la clarinette en contrechant. C’est rare les clarinettes dans le rap. Là encore, on songe à Sly, Dance To The Music, 1968… Et quel refrain que voilà ! Inspiré par votre grand-mère, qui vous disait : « La merde ne changera, si tu n’te lève pas pour t’laver le cul. » Invité spécial, Taz Arnold, aka Ti$a, un garçon qui déclare, quand on lui demande de se définir : « Ça serait sans hésitation un morceau de jazz. Propablement quelque chose de Max Roach, rapide, dangereux, émotionnel le tout ponctué par des percus, avec une douce voix planante… » Vous avez décidément de bonnes fréquentations.

These Walls
Hmm, sexy, funky R&B… Claquements de doigts, piano sombre, mumble et râles suggestifs… Chœur de filles, vocal chorus de Bilal. Attention, morceau piégé, une fois de plus : jamais entendu dans une sucrette R&B un chorus de piano électrique comme celui qui tombe du ciel à 3’15” ! Néanmoins : tube en puissance. (Mais si aucune radio ne le passe, je m’en fous, j’ai la mienne.) Tiens, vous parlez seul à la fin… Début de la confession… Qui se planque derrière le parloir ? Dieu ou le diable ?

u
Chef-d’œuvre chef-d’œuvre chef-d’œuvre chef-d’œuvre. Intro onirique. Cri, volutes synthétiques et saxophone pris dans les phares d’une grosse décapotable. Psychédélique et futuriste. Vous rappez à tout berzingue sur un tempo qu’on jurerais pris dans du bitume fondu… Vous jouez deux rôles. Encore que : est-ce bien vous qui rappez le second couplet avec la gorge nouée ? Je suis confus. J’aime ça.

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Alright
Chef-d’œuvre chef-d’œuvre chef-d’œuvre chef-d’œuvre. Chœurs à la Take 6 coupés au cutter. Flow canaille. « Aaaalll right ! » Cocomposé avec Pharell Williams. Flow funambule… Break furtif mais vertigineux à 2’07” ! Encore un “micro”-événement qui vous place au firmament des MC. A la fin, vous continuez votre étrange confession. On en saura plus à la fin. [Restez branchés les amis, NDR.]

For Sale ? (Interlude)
Un interlude ? De 4’52” ?! Intro facon For You (Prince, 1978). Respiration haletante : par qui êtes-vous poursuivi ? Synthés mirliton, saxophone coquin… Et toujours ce timbre nasillard qui fait merveille, cette voix multi-trackée… j’adore la trompette de Josef Leimberg, façon Burt Bacharach. Apparition de Lucy Kendrick… Chef-d’œuvre chef-d’œuvre chef-d’œuvre chef-d’œuvre.

Momma
Tu jettes encore des ponts entre le hip-hop, la soul, le funk… (Ben oui je te tutoie, on se connaît bien maintenant.) Qui mènent à une nouvelle forme de plaisir musical, dépisté, décoincé, décomplexé. Bilal, choriste d’exception. Et ce Vocoder… Ce piano électrique… La voix de Lalah Hathaway… Ce Vocoder… Ces synthés bien baveux… « I know bad religion I know good karma, I know everything. » Et à 3’31”, ça bascule encore dans la twilight zone ! Coda de pure folie, vocaux démultipliés et saxophone mêlés ! « This is a wooooorld premiere ! » Tu l’as dit. Chef-d’œuvre chef-d’œuvre chef-d’œuvre chef-d’œuvre donc.

Hood Politics
Ou comment réinventer le gansta rap en un tour de rimes grand style, en faisant semblant de commencer low profile, à la coule. « Ain’t nothin’ new but a flow of new DemoCrips and ReBloodicans »… « No condom they fuck with you, Obama said “What it do ?” »… Mille bravos encore une fois à Bilal pour ses chœurs zinzins-baroques. On n’est pas près d’oublier ces « Boo boo ! Boo boo ! ».

How Much A Dollar Cost (Featuring James Fauntleroy & Ronald Isley)
Rythme lourd et lancinant… Argent vs. religion… Pas près d’oublier non plus l’apparition de Ronald Isley : « Turn this page, help me change, so right my wrongs ».

Complexion (A Zulu Love)
Vu le niveau stratosphérique du reste, on résiste un chouïa à celle-là. Jusqu’à l’arrivée de la rappeuse Rapsody… Featuring de première classe. (Pete Rock aux platines. Tiens, un sample des Watts Prophets, ses pairs, ses pères, à 1’16”.)

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The Blacker The Berry
La bombe lyrique, le brûlot engagé, la chanson-manifeste. VERY explicit lyrics. Sur un beat lourd et menaçant, nineties style. Miles aurait aimé ces paroles : « I want everything black, I ain’t need black. » Mais aussi : « I’m black as the moon, heritage of a small village »… « You hate me don’t you ? You hate my people »… « You plan is to terminate my culture »… « You fuckin’ evil I want you to recognize that I’m a proud monkey »… « You vandalize my perception but you can’t take style from me »… « Excuse my french, but fuck you, no fuck ya’ll »… Refrain qui colle aux tympans : « The blacker the berry, the sweeter the juice. » Un texte qui sera bientôt étudié dans les écoles. Coda jazz-soul inattendue, comme pour détendre cette atmosphère si lourde de sens.

You Ain’t Gotta Lie (Momma Said)
R&B sensuel, presque sage. Vocoder séducteur, échos de California Love… Guitare jazz… Montage vocal ahurissant à 2’42”. Au bout du compte : addictif.

i
« I love myself. » Tu as bien raison. Tube en puissance. (Il y en a plusieurs.) Super sample de That Lady des Isley Brothers. Super guitare wah wah. Réminiscences de Hey Ya d’Outkast. Paaarty time... Bien vu le speech à la fin… On t’imagine perché sur un escabeau… Peu à peu, la foule t’écoute. Tes mots sont lourds de sens. On ne rigole plus. Plus du tout. Le clip est dispo, et la version différente, d’esprit plus “live” – on aime cette ligne de basse signée Thundercat, dont les doigts frétillants nous font songer à Jamaaladeen Tacuma. On aime aussi ce personnage assis, au début, qui lit la bio de George Clinton…

Mortal Man
C’est déjà fini ?! Chef-d’œuvre chef-d’œuvre chef-d’œuvre chef-d’œuvre. Ta confession intime. Message, sinon de paix, du moins d’apaisement : « Forgetting all the pain and hurt we caused each other in these streets »« But I don’t know, I’m no mortal man, I’m just another nigga… » Tu balances entre rap “à l’ancienne” et maîtrise totale du spoken word. Les mots pour dire les maux. Une vieille histoire, certes, mais dont tu écris un nouveau chapitre. J’aime ton allusion à Billie Jean de Michael J.
Dans la deuxième partie, sur un backgound discrètement coltranien, tu dialogues avec ton idole disparue, Tupac Shakur, en te glissant à travers des samples choisis d’un show radio suédois animé en 1994 par Mats Nileskar (peu de temps avant que le rappeur ne soit assassiné). L’effet est non seulement saisissant, mais bouleversant. « I see myself as a natural born hustler, a true hustler in every sense of the word. I took nothing, I took the opportunities, I worked at the most menial and degrading job and built myself up so I could get it to where I owned it. I changed everything. I realized my destiny in a matter of five years, you know what I’m saying ? I made myself a millionaire. », racontait le regretté rimeur. Tu t’autorises même, quel cran, la lecture d’un poème “face” à 2Pac. Ce qui te permet de nous expliquer le concept de “To Pimp A Butterfly”, le sens du titre, ces papillons, ces chenilles…

Fin brutale : « Pas, Pac, Pac. » Comme un fils qui appellerait un père disparu.
Fondu au noir.
On ne sort pas indemne de ton disque cher Kendrick.
Continue comme ça, on a besoin de types comme toi.
Frédéric Goaty

PS Dimanche matin, je me relis en écoutant ton disque. (Pardon pour les fautes, il doit en rester.) Et c’est encore meilleur. Tiens, je vais essayer de me remettre “Black Messiah” de D’Angelo, pour voir si… Mais je crains que…
PPS En fait, non, j’ai plutôt remis “All Eyez On Me”. C’est fou, cette connexion. Elle me saute aux oreilles.

LAMAR Kendrick 6 (Texte No Mortal Man)