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Classiq Jazz

Johnny Hammond, jazz-funkster hédoniste

Un an après “Gambler’s Life” (1974), l’organiste Johnny Hammond s’en remet à nouveau aux frères Mizell, sorciers surdoués de la superproduction jazz-funk. Bingo ! “Gears” devient rapidement un classique du genre. Il vient enfin d’être réédité comme il se doit par le label anglais BGP.

HAMMOND Johnny PhotoAu milieu des années 1970, les grands organistes soul-jazz éprouvent quelques difficultés à se renouveler. Le pouvoir d’attraction du bon vieux Hammond B3 est contesté par le Fender Rhodes et les nouveaux synthétiseurs, dont les sonorités modernes, voire futuristes et parfois même cosmiques flattent les tympans des nouvelles générations.
Après une poignée d’albums inégaux pour le label Kudu, branche “soul-funkysante” de CTI, Johnny Hammond, sans doute interpellé par le succès phénoménal de “Black Byrd” de Donald Byrd produit, arrangé et composé par Larry et Fonce Mizell, décide d’opérer sa mue jazz-funk sous les bons auspices du duo aux doigts de fée, non sans prendre soin d’enrichir son arsenal de claviers dernier cri – dans “Gears”, son orgue est des plus discrets…

 “Gears”, qui faisait donc suite à “Gambler’s Life”, est aujourd’hui considéré comme un classique, au même titre que l’autre superprod’ jazz-funk des Frères Mizell parue la même année, “Places And Spaces” de Donald Byrd. On y retrouve tout ce qui rend inimitables les albums siglés Sky High Productions, Inc. : mélodies et refrains accrocheurs, harmonies lumineuses, chœurs cajoleurs et, last but not least, grooves monstrueux – avec Chuck Rainey à la basse et Harvey Mason à la batterie, comment pourrait-il en être autrement ?

HAMMOND Johnny PochetteLes intro légendaires de Tell Me What To Do et de Los Conquistadores Chocolatés, la coolitude groovy de Lost On 23rd Street, les percus luxuriantes et les bulles wah wah de Fantasy (avec la flûte et le violon papillonnants de Roger Glenn et de Michael White), le funk terrien façon Sly Stone/Headhunters de Shifting Gears, la beauté crépusculaire de Can’t We Smile… On ajoutera au butin du 33-tours d’origine six inédits de grande qualité (merci BGP), dont un mémorable A Child’s Love aux saveurs Marvin Gaye, en deux versions aussi délectables l’une que l’autre (Fast et Slow).

A une époque où les Grandes Musiques Noires se retrouvaient harmonieusement au grand carrefour de la créativité débridée, les frangins Mizell imposaient en douceur leur visions musicales hédonistes, pour le plus grand bonheur des enfants des ghettos et, quelques années plus tard, des record diggers
Quarante ans après, leurs productions n’ont rien perdu de leur pouvoir de séduction. “Gears” en est un des plus beaux fleurons.

CD “Gears” (BGP / Import Angleterre).