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Joey Badass, comme au bon vieux temps

Ça devait bien finir par arriver : avec le stimulant et nostalgique “B4Da$$”, Joey Badass inaugure le grand hip-hop revival. Qui s’en plaindrait, vue la qualité de son album ?

BADASS Joey CDAinsi, Jo-Vaughn Virginie Scott, aka Joey Badass, était encore au bac à sable quand je commençais à me dire, avec un rien d’inquiétude, que l’âge d’or du hip-hop était peut-être passé… Pas étonnant, dès lors, que ce gamin de 23 ans à la langue bien pendue jette un regard – et une oreille bien affûtée – sur cette époque hélas révolue. Badass n’est pas encore un grand poète, mais ses mots sonnent bien, son phrasé est un subtil mélange de gouaille et de fluidité Avec des rimeurs de son espèce, quelque chose risque de renaître. Une ère nouvelle, certes marquée par un feeling “à l’ancienne”. Un pied dans l’histoire, mais, croisons les doigts, un autre dans l’actualité. C’est comme ça qu’on avance : sans couper les racines, mais en semant à tout va.

Entendons-nous bien, “B4Da$$” (“Before The Money”) n’est pas aussi crucial et novateur que la dernière folie de Kendrick Lamar, “To Pimp A Butterfly” (lire, sur ce site, notre lettre enflammé au petit génie de Compton). Pourtant, il se révèle à chaque nouvelle écoute plus addictif que prévu. Est-ce à cause de ces ambiances à la “Illmatic” de Nas ou à la “Mecca And The Soul Brother” de Pete Rock & The CL Smooth ? Sans doute. La production est extrêmement soignée, chaque effet tombe juste, les samples ne sont point trop rabâchés, les clins d’œil aux grands anciens – A Tribe Called Quest, Wu-Tang… – bien sentis, la soul touch prégnante.
Et puis il semble bien que les majors misent à nouveau sur les rappeurs créatifs, qui devraient donc avoir les budgets suffisants pour s’extirper de l’underground, où les meilleurs d’entre eux étaient retombés depuis trop longtemps, à mon goût. Il est temps que ce genre de hip-hop revienne en pleine lumière.

On s’étonne, bien sûr, de découvrir un morceau coproduit par… J Dilla, qui a tiré sa révérence en 2006. On se réjouit de lire le nom de DJ Premier à la prod’ (sur un titre). On se délecte de ces contrebasses félines qui nous rappellent celles qui peuplaient les chefs-d’œuvre nineties de d’A Tribe Called Quest. On aime la douceur inattendue de On & On. L’ouverture, suivie de son Introlude. La jolie intro de Curry Chicken. Et une foule d’autres événements sonores qui fondent dans l’oreille, et pas après une seule écoute. On est ravi que les paroles soient imprimées dans le livret, mais on enrage qu’elles soient en corps 3. La prochaine fois, Joey, soit aussi généreux en loupes qu’en loops.

“B4Da$$” ou l’avènement du hip-hop old’n’nu school ?

CD “B4Da$$” (Pro Era, LLC / Cinematic Music Group / Sony Music).