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Jacques Thollot, à fleur de peaux

Près de vingt ans après sa sortie, “Tenga Niña” de Jacques Thollot s’impose comme un classique inoxydable du jazz made in France. Il vient d’être joliment réédité en digipack avec un livret de 28 pages.

THOLLOT Jacques JRochardParis, mars 1971. Au Studio Europasonor, Jacques Thollot enregistre “Quand le son devient aigu, jeter la girafe à la mer”, son premier album, pour le label Marge de Gérard Terronès. Il n’a que 25 ans, mais c’est déjà un vieux briscard. Gamin prodige, il entrait dans les clubs parisiens avec son père pour faire le bœuf. Aux côtés d’Eric Dolphy, de Don Cherry, de Michel Portal et de René Thomas, il se forgea rapidement une réputation de batteur singulier, habité, à fleur de peaux, plus sensible que la plupart de ses confrères. Virtuose hors-normes s’il en est. “Quand le son devient aigu, jeter la girafe à la mer” devint instantanément un disque “culte” – certes, on n’employait pas encore ce terme au début des années 1970… Longtemps introuvable, il fut réédité en cd en 1996, l’année où un autre label indé d’importance, nato, publiait enfin le nouveau Thollot, “Tenga Niña” (le précédent, “Cinq Hops”, datait de 1978). Cet album inespéré fut un émoi et un choc pour nombre d’entre nous. Thollot revenait d’un autre monde avec douze compositions d’une imparable beauté, gravées « au printemps à Paris au Studio Acousti ».

1. DIGIPACK-TengaNina-B.inddCes mélodies énigmatiques, fascinantes, obliques et tendres à fois, douces et sauvages aussi, font de “Tenga Niña” l’album idéal pour « ceux qui croient ne pas aimer le jazz ». Thollot était entouré de Noël Akchoté à la guitare électrique, de Tony Hymas au piano (pilier de toutes les grandes aventures de nato) et de Claude Tchamitchian à la contrebasse, trois individualités très fortes toutes tournées vers le même objectif : servir la musique, faire honneur au son, jouer dans la même cour. Sur quelques titres, l’expérimenté trompettiste Heny Lowther faisait chanter sa sonorité généreuse, ronde et pleine.

“Tenga Niña”, ce discret chef-d’œuvre, n’a pas fini de nous hanter. Commencez par exemple par le sublime Fanny de deux à trois, et vous comprendrez pourquoi sur l’écran noir de paupières fermées, on se fait un drôle de cinéma.

CD “Tenga Niña” (nato / L’Autre Distribution)
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Photo © Jean Rochard