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Iggy Pop en Nightclubbing au Grand Rex

Iggy Pop 2016

Quinze jours après une prestation télévisée filmée dans le décor Detroit style d’un hangar de la zone industrielle d’Aubervilliers, Iggy Pop se produisait le soir de la Pentecôte sous la voûte étoilée du Grand Rex.

Post-Depression, un album quatre étoiles paru en début d’année et le support de ce présent mini-tour de chant européen, est né d’un échange épistolaire entre Josh Homme, le géant roux des Queens of the Stone Age, et l’Iguane en pré-retraite dans le bayou Floridien. Dans cette correspondance, Iggy Pop révélait titre par titre les secrets d’enregistrement de l’insurpassable The Idiot et de son cadet berlinois Lust For Life.

XVMfe9ed674-1aab-11e6-9611-304e3461bc2fBack to 77 : The Bowie Years aurait pu fournir le sous-titre d’une tournée 2016 exclusivement basée sur le répertoire de Post-Depression et du diptyque Idiot/Lust. Iggy Pop est entouré pour la circonstance de ses nouveaux Dum-Dum Boys, avec, outre un Josh Homme bravant vaillamment la loi Évin, Matt Helders, le batteur des Arctic Monkeys, Dean Fertita, épatant guitariste multi-instrumentiste, Troy Van Leeuwen (troisième guitare !) et Matt Sweeney, sosie moustachu de Tony Levin à la basse. À 21 heures précises, le playback d’un pow-wow martial anticipe un foudroyant doublé « Lust For Life/Sister Midnight » qui balaie d’entrée une quinzaine d’années d’accompagnement live approximatif pour Iggy en solo – on se souvient avec effroi, entre autres, de l’affreux gang nü-metal de Beat’em Up (2001). Faisant l’impasse sur le catalogue pré-punk des Stooges, le programme propose un set largement inédit à l’exception de « The Passenger », privé ce soir d’invasion de la scène par un service de sécurité qu’on imagine tendu. Puisque le public ne peut pas venir à Iggy, c’est Iggy qui ira vers son public en se faufilant à plusieurs reprises dans les allées du parterre. Robuste et appliqué, son backing-band en costumes de Chats sauvages rejoue à la note les sondes electro/dark de The Idiot (« Nightclubbing », « Baby ») et rehausse avec un charisme dément les rocks frontaux de Lust For Life (« Fall in Love With Me », « Success »).

Entre deux extraits de Post-Depression, la setlist ressuscite la China Girl originelle, fantasme sur les Sweet Sixteen, met enfin la main sur le Repo Man, mais c’est « Mass Production », l’implacable missile indus manufacturé quarante ans plus tôt sous les charpentes du Château d’Hérouville, qui constitue le sommet d’une performance héroïque de deux heures chrono. Sous un éclairage d’alerte nucléaire et des vrilles de Moogs agonisants, Iggy Pop mime la gestuelle robotique des ouvriers de la Motor City, un souvenir adolescent du grondement mécanique des chaînes d’assemblage des usines de Detroit. Visiblement fatigué mais toujours vaillant à 69 ans, celui qu’on a surnommé le Nijinski du punk-rock laisse entendre lors de ses récentes interviews que ce KO métallique sera sans doute le dernier. Un brillant épilogue pour une carrière à la courbe accidentée, mais aussi le plus bel hommage indirect à David Bowie de ces derniers mois.

Setlist

  • Lust for Life
    Sister Midnight
    American Valhalla13245880_10154188601584932_1946000997_n
    Sixteen
    In the Lobby
    Some Weird Sin
    Funtime
    Tonight
    Sunday
    German Days
    Mass Production
    Nightclubbing
    Gardenia
    The Passenger
    China Girl
    Break Into Your Heart
    Fall in Love With Me
    Repo Man
    Baby
    Chocolate Drops
    Paraguay
    Success

Photo : (Rich Fury / Rich Fury/Invision/AP)

Iggy Pop Post-Depression (Caroline International/Universal). Diffusion sur Canal Plus du concert The Last Nightclubbing en juin.