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Classiq Soul-Funk

Heatwave, le funk qui fait chaud au corps et au cœur

Enfin réédités comme il se doit par l’excellent label anglais Big Break Records, les deux premiers disques d’Heatwave sont autant de trésors oubliés du funk mélodique des glorieuses années 1970.

HEATWAVE PhotoInflencés, j’imagine, par Sly & The Family Stone, Heatwave est un groupe dont les membres proviennent de quatre pays et de deux continents différents ! Pour la petite histoire, il fut formé en 1975 en Allemagne par Johnny et Keith Wilder, qui avaient tous les deux servi dans l’U.S. Army. Leur première recrue ? Le claviériste, compositeur et arrangeur anglais Rod Temperton, qui jusque-là se cantonnait dans le rôle de musicien de séances. Pour la grande histoire, chacun sait que Rod Temperton, rapidement repéré par les radars de Quincy Jones, (co)composera pas la suite quelques tubes mineurs pour Michael Jackson, les Brothers Johnson ou George Benson (Off The Wall, Thriller, Stomp, Give Me The Night…). Heatwave fut ensuite complété par, entre autres, le bassiste espagnol Mario Mantese, le percussionniste tchécoslovaque Ernest Berger et le guitariste chicagoan Jesse Whitten (qui mourra prématurément, assassiné à l’arme blanche dans sa ville natale).

HEATWAVE CD 1 Too Hot To HandleC’est le producteur Dick Leahy, de GTO Records, qui fut le premier à les repérer tandis qu’ils écumaient le circuit des clubs européens. Heatwave scora d’entrée avec Boogie Nights, une drôlerie discoïde bien plus subtile que son groove dance flooresque peut le laisser croire à la première écoute. Extrait de leur premier album, “Too Hot To Handle” (1976), Boogie Nights débute par une intro déroutante, qui nous emmène quelques secondes durant dans un monde féérique dominé par une harpe rêveuse (Erykah Badu donnera en 1997 une chouette version live de Boogie Nights). Heatwave se fera une spécialité de ces intros décalées, de ces breaks jazz, de ces sonorités inattendues et de ces arrangements vocaux à couper le souffle (qui rappellent volontiers ceux du modèle-étalon de l’époque, Earth Wind & Fire).
Si vous croyez entendre des pré-échos du premier hit record de feu Michael Jackson, “Off The Wall”, c’est normal, c’est la Rod Temperton Touch™ ! “Too Hot To Handle” fourmille de chansons qui fondent dans les neurones mais pas dans les tympans : la chanson-titre, Ain’t No Half Steppin’, Super Soul Sister, Always And Forever, toutes signées par notre Rod aux doigts de fée. Même les faces b sont mortelles : écoutez Slip Your Disc To This, avec son intro quasi-zappaïenne mâtinée d’une bonne motte de Terre, d’un Vent de folie bienfaisant et d’un sacré petit Feu – suivez mon regard…

HEATWAVE CD 2 Central HeatingPas moins excitant et indispensable, “Central Heating” (1977) démarre en trombe avec, encore une fois, Out The Word Out et son intro zinzin (on jurerait entendre des scratches, en 1977 !). Dans la catégorie des grands groupes de Série B (catégorie noble s’il en est), Heatwave s’impose comme un groupe aussi essentiel que Pleasure. Funk à tous les étages, mais aussi disco malin, touche pop et harmonies jazz. Dans la chanson-titre, c’est carrément l’influence de Spike Jones qui semble pointer le bout de son nez rouge ! Happiness Togetherness ? De la proto-nu soul façon doo-wop revival… Irrésistible. The Groove Line ? Si Rod l’avait filée à Michael Jackson, sûr qu’elle serait aujourd’hui un tube mondial. Le mid tempo Mind Blowing Decisions déroule toute la subtile musicalité du groupe, tandis que la ballade Star Of The Story fera planer celles et ceux qui voudront bien se laisser emporter higher than high.
Comme d’habitude avec Big Break Records, traitement éditorial grand luxe : mastering tip top, livret savant, détails discograhiques complets et bonus tracks à gogo. Vous savez ce qu’il vous reste à faire.

CD “Too Hot To Handle” et “Central Heating” (BBR / Import Angleterre). En vente sur la toile et chez les bons disquaires (rayons soul-funk de Gibert Joseph Paris et Fnac Forum, entre autres).