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Daymé Arocena : l’incandescence du Cuba libre

Jeudi 13 avril, la pétulante protégée de Gilles Peterson était sur la scène du New Morning.

21 heures à peine sonnées, Gilles Peterson monte sur scène devant une salle comble et prête à s’éclipser en terres havanaises. Nul doute qu’en présentant la chanteuse, une fierté particulière se cache derrière la douce voix du gourou des rare grooves. Il y a sept ans, l’infatigable défricheur rencontre Daymé Arocena alors âgée de seize ans à l’occasion des Havana Cultural Sessions. De ce programme visant à promouvoir la culture musicale cubaine, née un parrainage entre cette chanteuse surdouée et le boss du label Brownsood, convaincu d’avoir trouvé sa perle rare. Forcément, au regard du chemin parcouru, il y a une certaine émotion lorsque Gilles Peterson accompagne sa protégée dans cet antre parisien du Jazz.
Les présentations faites, le groupe entre en scène. Daymé Arocena saisit le micro et en un court instant, devient l’attraction. Toute de blanc vêtue, pieds nus et un fichu sur la tête, Daymé chante, danse et sur fond d’incantations Yoruba se déhanche avec une grâce assez stupéfiante. Un sourire extra-large en prime et c’est déjà suffisant pour conquérir un public averti de cette chanteuse branchée.

Dès les premiers mots, dès les premières notes, on est bousculé par le timbre chaud insufflé depuis sa bouille ronde qu’elle distord au moindre effort de puissance. Du haut de son mètre cinquante, le un magnétisme de cette jeune femme de vingt-quatre ans laisse béat. Menant à la baguette les trois larrons qui l’accompagnent, elle présente la version la plus authentique de son dernier album, “Cubafonia”. Un projet qu’elle avait imaginé à l’origine pour redonner « une place forte à Cuba dans la musique ». Dans le fond, il est donc aussi question d’histoire et de culture. Marqueur visible de la santeria, ses habits blancs témoignent de son attachement à cette religion polythéiste afro-cubaine, également symbole de ce syncrétisme qu’elle revendique corps et âme. En musique, il est illustré par ces rythmes puisés dans les racines sensuelles de la rumba et de la guajira, l’intensité du cha cha cha ou les cadences tropicales de la trompette. Dans cette confusion des genres, elle alterne entre les exubérances rythmiques de l’explosif Mambo Na’ Ma’ et le lyrisme profane d’une ballade avec Como. Autant de métissage qui incarne Cuba, une île où plus qu’ailleurs, la musique imprègne la terre et connecte les esprits. Rien que ça. Ce patrimoine unique, Daymé s’en fait une sorte d’ambassadrice lumineuse auprès de sa génération et du monde qui l’entoure, défendant une identité empreinte d’amour pour ses traditions, de cosmopolitisme et d’un désir de liberté sans borne. Dans la forme, Daymé est bavarde, pétulante, rit et brandit la carte des histoires de cœur inspiratrices de ses compositions. Elle peut en faire des tonnes car après tout, elle est une vraie dame de spectacle.

 Et de ce grand espace sonore, on ne saurait trop quoi retenir finalement. Du latin jazz ? Assurément. De la pop ? Il y en a. Mais aussi ces mélodies néo-soul, développées dans un groove capable d’accueillir toutes ces formes d’expressions. Y compris la deep house de Peven Everett qu’elle a su transformer à sa façon lors de son dernier rappel. Une combinaison d’époques, de rythmes traditionnels, de swing et d’expressions modernes chantées en anglais ou en espagnol, voilà tout ce que cette petite dame tente de trimballer avec elle. Au bout du compte, on sort frappé par le charme fou d’une chanteuse qui, sans être révolutionnaire, offre une musique éclairée rappelant que les plus beaux souvenirs du passé, quand ils sont réglés à l’heure de l’époque peuvent être un frisson permanent. •