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Car Wash, le film-musique

Elephant Film vient de rééditer Car Wash en dvd et, surtout, en blu-ray, occasion rêvée pour revoir ce film de 1976 réalisé par Michael Schultz et que tous les amateurs de Great Black Music se doivent de connaître par cœur, ne serait-ce que pour sa BO ultra-funky supervisée par le génial Norman Whitfield.

CAR WASH Ouverture 2

Le réalisateur afro-américain Michael Schultz a surtout travaillé pour la télévision. Dès les début des années 1970, on lui doit notamment quelques fictions comme To Be Young, Gifted And Black (un biopic de Lorraine Hansberry, écrivaine et activiste dont le travail a fortement influencé Nina Simone, entre autres, cf. la chanson du même nom) et deux épisodes de Starsky et Hutch (dont le plus fameux second rôle, Huggy les bons tuyaux, était campé par l’inénarrable Antonio Fargas, qui joue un travesti dans Car Wash). Sa carrière cinématographique tient plus de la parenthèse : après Car Wash, il dirigera la catastrophique adaptation de Sergeant Pepper’s Lonely Hearts Club Band (1978), Le Dernier Dragon (1985, starring Vanity, notoire muse de Prince) et Krush Groove (1985, avec Run DMC et une autre muse princière, Sheila E.). Mais ces films musicaux, un rien moins successful que Saturday Night Fever ou Grease, le pousseront à reprendre principalement son tablier de réalisateur pour la télévision, où il travaille toujours aujourd’hui.

CAR WASH Photo #2Car Wash est un film rythmé et même possédé par la musique, de la première à la dernière seconde. Mais ce moins une comédie musicale qu’un film musical, un film-musique, puisqu’on ne voit personne chanter à l’écran, si ce n’est les magnifiques Pointer Sisters lors de la mémorable scène de l’apparition de Daddy Rich (interprété par le génial Richard Pryor), l’évangéliste cynique et pro-capitaliste venu enfumer les employés de la laverie, qui ne prennent pas tous pour argent comptant, c’est le cas de le dire, ses balivernes – tandis que Snapper, le cireur de chaussures un rien oncletomiste boit ses paroles, un autre personnage, Duane/Abdullah, black muslim amer et colérique joué par Bill Duke (remember Predator…), lui signifie tout son mépris, sans pour autant être approuvé par ses collègues, qui veulent croire à l’argent facile et au rêve américain. Le seul autre personnage qui critique le système est, paradoxalement, le fils du boss, sensé travailler avec son père, mais qui préfère lire à longueur de journée le Petit Livre Rouge de son idôle Mao, tout en essayant de faire copain-copain avec les employés de la laverie…

Long métrage moins militant que politique, ce qui n’enlève strictement rien à la profondeur et à la justesse du regard sociologique porté sur la communauté noire et ses contradictions (via le scénario très subtil signé Joel Schumacher), Car Wash se regarde comme on écoute un (bon) disque de musique noire des années 1970 : en se laissant porter par le groove, omniprésent. Diffusée à travers les haut-parleurs de la laverie, la musique joue un rôle aussi important que les acteurs eux-mêmes : elle influe sur l’humeur des personnages, souligne leurs joies et leurs peines. Elle libère les tensions ou, c’est selon, fait monter d’un cran la température. Il faut voir cette scène où le patron, exaspéré par la black music que ses employés écoutent du matin au soir, balance une romance violoneuse : d’un coup, les corps se mettent à bouger au ralenti !

CAR WASH MontageBref, il ne s’écoule jamais plus de quelques minutes – à peine – sans que la musique ne se mette à inonder l’écran. On jurerait que les créateurs de la série Treme se sont souvenus de Car Wash… Et on imagine qu’un teenager nommé Prince, en 1976, a dû immédiatement rêver de faire son Car Wash à lui – rêve qu’il matérialisera huit ans plus tard, en quelque sorte, en tournant Purple Rain. Petit détail “princier” (attention, alerte geek) : la jolie fiancée de Justin, Loretta, est interprétée par l’actrice et chanteuse Ren(n) Woods, connue pour ses rôles dans Racines et Hair. En 1982, la dernière chanson de son album “Azz Izz”, I Don’t Wanna Stop, était signée Prince.

Le double-album de la BO du film, produite, composée et arrangée par Norman Whitfield, fut un énorme succès, grâce à la chanson-titre, bombe disco-funk qui, aujourd’hui encore, vous enflamme un dance floor en quelques secondes, mais aussi à la ballade soul I Wanna get Next To You. Pour l’occasion, Whitfield, qui venait de quitter Motown, avait créé un nouveau groupe, Rose Royce, renforcé par ses musiciens de studio favoris, dont le fantastique Wah Wah Watson à la guitare – si l’intro de Daddy Rich ne vous flanque pas des frissons, on ne peut rien pour vous…

CAR WASH Blu RayEnfin, sachez que le blu-ray est d’excellente qualité. Oubliez les précédentes éditions dvd : on n’avait jamais vu Car Wash avec des couleurs aussi éclatantes – on a failli écrire “funky”. Spécial bonus : une excellente analyse de Xavier Leherpeur (qui, tiens, tiens, met en valeur la pochette de “Purple Rain” dans les rayonnages de sa bibliothèque…).

PS : On adore aussi la fin de Car Wash, aussi inattendue qu’émouvante.

Blu-ray / dvd “Car Wash” (Elephant Films / Universal)
CD “Car Wash – Original Motion Picture Soundtrack –  Music Compsed And Produced By Norman Whitfield” (MCA)