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Classiq Soul-Funk

Cameo, l’invitation à danser

Pour sûr, le combo de Larry Blackmon, à ses débuts, sonnait comme l’un des nombreux épigones de Parliament. Mais l’un des meilleurs. Retour sur leurs premiers trésors de bienfaits groovy, fraîchelent réédités par Robinsongs.

CAMEO Photo 3Entre 1977 et 1979, Cameo a sorti pas moins de quatre albums : “Cardiac Arrest”, “We All Know Who We Are”, “Ugly Ego” et “Secret Omen”. Les deux premiers ont déjà été réédités façon “2 LP on one CD” en 2010 par Super Bird. Les deux suivants de la même manière par un autre label briton, Robinsongs, il y a quelques semaines. [Au début de l’ère du compact disc, les majors faisaient souvent ça, histoire de profiter de la possibilité de mettre plus de soixante-dix minutes de musique sur ce nouveau support. Puis elles ont arrêté. Aujourd’hui, les labels indés, qui continuent de croire dur comme plastique au format physique et qui font le boulot que ne font plus, ou si peu, les Universal, Warner et autres Sony – surtout quand il s’agit de musique noire –, reprennent à leur compte ce principe plus économique, en y ajoutant qui plus est des livrets détaillés riches en liner notes et autres illustrations. Bravo à eux, NDR.] Influences majeures de Cameo, et fatalement incontournables quand on voulait grouver en territoires funk dans les glorieuses seventies : Ohio Players, Earth, Wind & Fire et The Isley Brothers.
En 1980, le band de Larry (ex-étudiant, faut-il le rappeler, de la prestigieuse Juilliard School) ne relâchait pas la pression, et alignait deux nouveaux concentrés de grooves sexy, solidement ancrés dans le bitume new-yorkais par des beats d’amarrage dont lui seul avait le secret.

CAMEO CD “Cameosis” d’abord, l’un de leurs classiques, qui débute par l’une de ces chansons-génériques dont rêvent tous les groupes, Cameosis – souvenons-nous de O.H.I.O. dans “Angel” des Ohio Players… Puis déboule l’inénarrable et irrésistible Shake Your Pants, quintessence sanguine et suante du son Cameo, fusion parfaite d’hédonisme disco et de street credibility funk. Refrain accroche-tympan et secoue-popotin, guitare qui chatouille, basse chocolatée, batterie mordante, arsenal de percussions qu’on juretait chipé à Airto Moreira (écoutez bien les premières secondes, magiques et drôlatiques). Autres grands moments : le Moog coquin qui serpente tout au long de Please You, l’intro jazzy et les cordes diaphanes de I Care For You, les performances de Tomi Jenkins et de Wayne Cooper, les deux autres voix du groupe (Cameo avait plus d’un tour de chant dans son sac), dans Why Have I Lost You, ballade romantique comme on les aime.
Quelques mois plus tard, “Feel Me” restait dans les mêmes sphères créatives. On adore Your Love Takes Me Out, remake déguisé de Shake Your Pants – quand l’ami Larry avait trouvé un truc, il l’usait jusqu’à la corde, principe obessionnel qui fit ses preuves –, la ballade qui donne son titre au disque, le mid tempo “earthwindandfiresque” Is This The Way (eh oui, Cameo avait aussi une conscience sociale), le groove méchamment syncopé et les cuivres piquants du monstrueux Roller Skates – la perf’ vocale de Larry B. annonce celles des triomphales années qui suivront, période “Word Up !”.

Amateurs et amatrices de funk polychrome chaud comme la braise, secouez vos slip et courrez chez votre disquaire favori miser quelques euros sur ce cd. Vous ne le regretterez pas. Le Doc ne vous le dira pas deux fois.

CD “Cameosis & Feel Me” (Robinsongs, 1980, Import Angleterre).

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