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Boz Scaggs, 1969, année fantastique

Le saviez-vous ? En 1977, huit ans après sa parution, le premier album de Boz Scaggs, classique americana scandaleusement sous-estimé ici-bas, a été remasterisé et remixé. Edsel Records vient enfin de rééditer la version originale, couplée avec celle de 1977. Retour sur un album essentiel dont le soliste star n’est autre que le grand Duane Allman.

Sa décision était prise, irrémédiable, et il en fit part à son ami Jann Wenner, le fondateur du magazine Rolling Stone : Bozz Scaggs allait quitter le Steve Miller Band pour se lancer dans une carrière solo. L’ami Jann appela sur le champ le grand producteur Jerry Wexler. Celui qui fit de Ray Charles et d’Aretha Franklin des superstars internationales signa sans hésiter – et sans avoir entendu une seule note ! – ce jeune chanteur plus que prometteur, offrant à Scaggs, Wenner et Marlin Green (l’autre coproducteur du disque) le budget nécessaire pour squatter le Muscle Shoals Sound Studio flambant neuf qui venait d’être ouvert par les Swampers, ex-fines lames du label Fame : le violoniste Al Lester, le claviériste Barry Becket, le bassiste David Hood, le batteur Roger Hawkins, les guitariste Eddie Hinton et Jimmy Johnson et, last but not least, Duane Allman à la guitare et au dobro.

Boz Scaggs 1969“Boz Scaggs” est un rêve de disque pour en finir avec les sixties, l’antidote idéal pour oublier le summer of love, gorgé de soul, de blues et de country. La voix bleu-amère de Scaggs fait merveille, nourrie par les grandes musiques noires, mais jamais dégoulinante de mimétisme embarassant. Ce jeune homme de 24 ans s’affirmait d’emblée comme un singer/songwriter d’importance. Comment résister au groove de I’m Easy, au feeling dévastateur de I’ll Be Long Gone (une merveille, auréolée par l’orgue chantant de Barry Becket), aux saveurs deep soul de Another Day (Another Letter), au romantisme délicat de Finding Her, à la country yodelisante du Waiting For A Train (une reprise de Jimmy Rodgers), et bien sûr à la douce pluie électrique de l’épique et émouvant Loan Me A Dime, qui, ô joie, déroule se fastes plus de douze minutes ? Les inconditionnels de Duane Allman le savent bien, qui depuis des lustres placent ce morceau très haut dans leur cœur.

Le livret de “Boz Scaggs” (vingt pages) consacré au “making of” de cet album magique est l’un des plus passionnants qu’il m’ait été donné de lire ces derniers temps. Rédigé par Paul Myers, il s’enorgueillit d’une longue interview de Jann Wenner. Le son de la version oirginale de 1969 est nettement plus profond et chaleureux que la version remixée de 1977. Gloire au label Edsel Records, donc, de l’avoir enfin rendu disponible en cd. On a vraiment l’impression d’écouter cet album pour la première fois !

Il va sans dire que “Boz Scaggs”, qui en son temps ne connu guère de succès, est aussi indispensable que l’album qu’enregistra le chanteur sept ans plus tard, le non moins essentiel (et nettement plus populaire) “Silk Degrees”, qui fit de lui un hit maker trois étoiles, composant main dans la main avec David Paich, fils de Marty et futur membre fondateur de Toto, quelques classiques pop-soul du calibre de What Can I Say, Georgia, Lido Shuffle, Harbor Lights et le groovyssime Lowdown (propulsé de baguette de maître par Jeff Porcaro).

BOZ SCAGGS Silk Degrees & Speak Low

Pour la bonne cause, vous ajouterez s’il-vous-plaît à cette paire de magnum opus le fort délicat “Speak Low” de 2007, recueils de reprises classieuses de standards de jazz arrangé par Gil Goldstein. Notre homme Boz y est accompagné par rien moins que Mike Mainieri au vibraphone, Bob Sheppard au saxophone, Scott Colley à la contrebasse ou encore Alex Acuna à la batterie. All right, folks ?