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Hommage

Bobby Hutcherson, vibraphone aphone

Le vibraphoniste Bobby Hutcherson est mort hier. Il avait 75 ans. Ses meilleurs disques avaient paru sur le label Blue Note.

HUTCHERSON CD 1Quand il arrive à New York en 1961, Bobby Hutcherson est déterminé à s’émanciper de la tutelle des grands stylistes comme Lionel Hampton ou Milt Jackson. Sous ses mailloches, son vibraphone pouvait aussi bien se montrer percussif que riche en textures sonores inhabituelles. Un rien provocant, jamais clivant. En tant que sideman, il a joué un rôle fondamental dans de nombreuses productions Blue Note, notamment celles estamillées “new thing” : “Out To Lunch” d’Eric Dolphy, “Evolution” de Grachan Moncur III, “One Step Beyond” de Jackie McLean, “Judgment !” d’Andrew Hill…

Mais dès son premier album sous son nom, “Dialogue” (1965), Hutcherson se distingue en réunissant un groupe exceptionnel – Freddie Hubbard à la trompette, Sam Rivers au saxophone, Andrew Hill au piano, Richard Davis à la contrebasse et Joe Chambers à la batterie –, tout en laissant le soin à Hill et Chambers de composer tous les thèmes. Sous ses allures de vraie-fausse marche, Les Noirs Marchant de Hill est un grand moment d’improvisation libre.

HUTCHERSON CD 2Dans “Happenings” (1966), sans aucun souffleur cette fois (une rareté chez Blue Note), son vibraphone tisse des liens subtils et forts avec le piano d’Herbue Hancock. Mémorable version de Maiden Voyage (un standard du pianiste) à la clé. C’est un autre grand pianiste qui joue un rôle décisif dans “Total Eclipse” (1968) : Chick Corea. Cet opus s’élève souvent au niveau des grands disques du “Second Quintette” de Miles Davis, entre effluves libertaires, raffinement harmonique et grande variété rythmique. A la flûte et au saxophone ténor, Harold Land plante aussi quelques délicates banderilles. On le retrouve dans le funkysant et méconnu “San Francisco” (1970), où le regretté Joe Sample se partage entre piano acoustique et Fender Rhodes. Pour les puristes du “vrai” son Blue Note, c’est le début de la fin… Bobby Hutcherson revient peu à peu vers des contrées plus rassurantes, privilégie le “beau son”, ne craint pas de flirter avec un certain romantisme, mais il le fait avec un goût sûr, sans céder à la nostalgie, bien dans son époque : en 1975, le jazz-latinisant “Montara” (1975) prouve qu’il a su tranquillement évoluer. Subtil recueil de compositions sensuelles délicatement ouvragées, c’est un doux remède aux excès électriques de cette époque. Une leçon d’élégance aussi.

Quarante ans après “Montara” (!), l’aventure Blue Note continuait toujours : “Enjoy The View” est sorti fin 2014. « Je me suis toujours efforcé d’être celui qui se fond au milieu des autres musiciens », disait le vibraphoniste. Pour autant, on ne l’a jamais perdu de vue.