Muziq, le site qui aime les mêmes musiques que vous
Nouveautés

Bernie Worrell, une étoile s’éteint

WORRELL Ouverture

Comme on pouvait le craindre depuis des mois, l’un des plus grands claviéristes de ces quarante dernières années vient de disparaître. Il s’appelait Bernie Worrell, alias The Wizard Of Woo.

Ce matin, à l’heure où la rumeur de la ville n’a pas encore couvert le chant des oiseaux du XXe arrondissement, je découvre un email fort déplaisant envoyé par un ami. Il sait que sa teneur, hélas, n’égaiera pas ma journée. Bernie Worrell est mort. De lui, les gazettes parleront évidemment moins que tous les récents défunts, et là haut, comme on dit, on imagine que tout est déjà en place pour des jam sessions interstellaires. Prince, Eddie Hazel, Michael Brecker, Jaco Pastorius et Jean-Sébastien Bach, entre autres – on se bousculera forcément au portillon –, sont chauds bouillants et se réjouissent déjà d’accueillir le The Wizard Of Woo, maître incontesté des claviers-couleurs, divin architecte de la galaxie P-Funk, grand, très grand homme de l’ombre dont on ne dira jamais assez de bien.

(Ici je voudrais dire ma tristesse insondable de voir, ces derniers temps, partir un à un les musiciens qui ont incarné les musiques qu’on aime, du jazz au funk en passant par le prog rock et le hip-hop, de Jeremy Steig à Phife Dawg en passant par Keith Emerson et tant d’autres. Toute une génération est en train de nous fausser compagnie et c’est de plus en plus pénible à admettre.)

En écrivant-improvisant sous le coup de l’émotion ces quelques lignes, j’écoute Revelation In Black Light, l’émouvante introduction de “Blacktronic Science”, l’un des nombreux disques cultes du compagnon de route de George Clinton. Cordes oniriques, clavecin mélancolique, toute sa culture classique est là – Bernie Worrell était un authentique virtuose –, et dès que vient la suite, Flex, un petit commando de diablotins funk surgissent de leur boîte à malice : à leur tête, cet orgue Hammond B-3 reconnaissable entre mille, qui se met à dicter, en dansant entre nos neurones, les tables de la loi du groove. Clinton, Bootsy Collins, Maceo Parker se joignent à la fête, et des larmes de joie pourraient bien couler sur nos petites joues.

Bernie Worrell avait du génie dans les doigts. Les preuves abondent dans les chefs-d’œuvre de Funkadelic et de Parliament, dans les meilleurs Talking Heads comme dans ses opus solo. Il faut voir et revoir l’émouvant funkumentaire de Philip DiFiore, Stranger, Bernie Worrell On Earth, fort justement sous-titré Beethoven, Ellington, Hendrix… Worrell ?,  et aussi Stop Making Sense de Jonathan Demme.

Un hommage XL sera rendu à Bernie Worrell dans le prochain numéro de Muziq.

En attendant, j’ai zappé : me voilà plongé dans les délires éffrontément funky et délicieusement acides de You Hit The Nail On The Road, cette merveille de Funkadelic (“America Eats Its Young”). Encore quelques minutes, et la SUBLIME intro magique de A Joyful Process illuminera finalement ma journée. Une joie teintée de blues, mais une joie tout de même. So long Bernie.