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Classiq Rock

Bad Company, les bonnes rééditions

Attention, événement : les deux premiers albums de Bad Company, “Bad Co” (1974) et “Shooting Star” (1975) vont ressortir le 7 avril en mirifiques versions Deluxe. Retour sur ces deux trésors du classiq rock à l’anglaise.

Bad Co Photo 1 Live XDR

Une nuit de novembre dans le Hampshire. Brrr… (Tu n’as pas oublié ton écharpe j’espère). Tiens, mais qui est donc ce jeune homme qui chante dehors, planté au beau milieu du jardin de la Headley Grange ?! Encore un de ces groupes de rock j’imagine… Led Zeppelin ? Non, je ne reconnais pas leur chanteur à boucles blondes, comment s’appelle-t-il déjà ? Robert Plant, oui, c’est ça…
C’est curieux, je le connais celui-là aussi… J’ai vu sa tête sur une pochette de disque… Quatre gamins assis par terre… Le titre, le titre… Rooo, la mémoire des fois… “Fire And Water” ! All Riiiight Now… Free ! Good lord, mais c’est Paul Rodgers ! Tendons l’oreille…
« Oh yes, I’ll be lookin’ for you, oh, but I’m bad company / That’s the way I play, yeah, get awful dirty / Oooh, somebody come on now, yeaaah, the bad company… » Faut quand même être un peu zinzin pour s’époumoner au clair de lune en plein mois de novembre… Déjà qu’il doivent se les peler sévère dans leur vieil hospice retapé…
« Oooo, the cold wind blows… » [Ecoutez bien la toute fin de Bad Company, la chanson éponyme du premier album de Bad Company, NDLR.]
T’as raison mon Paulo, ce vent est vraiment trop froid ! Allez, moi je rentre me servir un petit Brandy pour me réchauffer… (Faudra que je pense à revenir pour les inviter à boire un verre tiens…)

C’est en novembre 1973 que les quatres classiq rock heroes qui nous intéressent aujourd’hui squattèrent une quinzaine de jours la fameuse Headley Grange, afin d’y graver le premier album de Bad Company pour Swan Song, le label fraîchement créé par Led Zeppelin et leur cinquième homme, Peter Grant, qui n’avait pas hésité longtemps avant d’accepter de devenir le manager de ces quatre young lads déterminés. Leurs noms ?

Paul Rodgers, « chanteur extraordinaire », comme disent nos amis britons quand ils veulent faire chic dans leurs articles, voix d’or et de soul, ex-gosier subtil et viril de Free, groupe sublime au parcours hélas trop souvent semé d’embûches.
Mick Ralphs, guitariste anti-frime dont on serait bien incapable de citer un solo flamboyant – pas son genre, pas son truc – mais qui a en revanche gravé dans le marbre du rock-insulaire-que-l’on-préfère quelques riffs bien sentis et autres arabesques de guitare claires comme l’eau de roche, destinées à servir chaque chanso. L’ami Mick, frustré par l’évolution de son groupe précédent, Mott The Hoople était prêt à tout donner pour Bad Co.
Raymond “Boz” Burrell, ex-chanteur reconverti bassiste (quelques 45-tours semi-cultes et late sixties dans sa musette : Carry On Screaming, la chanson-générique d’un film d’horreur parodique de la Hammer, Down In The Flood avec, oups, Ritchie Blackmore, et John Lord et Ian Paice, rien que ça), en rupture de ban de King Crimson (deux disques au compteur avec le band protéïforme de Robert Fripp, “Islands” et “Earthbound”), sans oublier une pige notable avec la grande soulwoman Ester Phillips (“Black-Eyed Blues”, 1973). Grand spécialiste de la basse fretless et admirateur de Charles Mingus.
Simon Kirke, batteur (et à ses heures compositeur) curieusement sous-estimé, sobre, puissant et souple à la fois, plus proche, bien plus proche de l’esprit du soul drumming à la Al Jackson, Howard Grimes, Benny Benjamin et/ou Richard “Pistol” Allen que des prouesses tentaculaires de certains de ses confrères.

081227955526 _12inch_gatefold_v92012.inddDébut 1974, dans la foulée de la sortie de leur premier album, “Bad Company” (ou “Bad Co”, c’est comme vous voulez), et grâce à un touring schedule d’enfer concocté d’une main d’acier par Peter Grant, Bad Company va conquérir les Etats-Unis aussi vite que leurs grands frères de Led Zeppelin (un lustre plus tôt). Sur scène, Paul, Mick, Boz et Simon, nos quatre rockeurs dans le vent, interprèrent quasiment tous les titres du fameux 33-tours à la pochette noire (et au logo blanc d’une redoutable efficacité : encore une coup fumant des créateurs géniaux des studios Hypgnosis), mais ajoutent sans tarder d’autres pépites à leur set list. Il verront le jour début avril 1975, quand sortira leur deuxième instant classic, “Shooting Star”.

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Même si le groupe a perduré jusqu’en 1982, les deux premiers disques de Bad Co’ sont définitivement leurs meilleurs. Rien à jeter, aucun filler comme on dit (pas de remplissage). Un son naturel, sans fioritures, remarquablement équilibré. Des coups de sang rock, des battements de cœur soul, un feeling unique. Quelques chœurs féminins, eu peu de saxophone (Mel Collins) et de piano dans le premier, qui contient son lot de standards dorés, de l’attrape-tympans Can’t Get Enough au crépusculaire Bad Company, en passant par le folky-romantique Seagull.
Côté songwriting, “Shooting Star” est encore meilleur, encore plus homogène, auréolé par le génial Feel Like Makin’ Love – rien à voir, encore que, avec le joyaux du même nom signé Eugene McDaniels et immortalisé par Robert Flack la même année –, qui balance naturellement entre sensualité soul et coups de fièvres rock.

D’aucuns rétorqueront : “Bad Company” et “Shooting Star” ont déjà réédités en versions remastérisées, et même en magnifiques versions paper sleeve au Japon ! Mais ces deux nouvelles rééditions signées Rhino les dépassent allégrement. Digipack moelleux (on en mangerait), livrets riches en anecdotes et en photos rares, son exceptionnel et, surtout, pour chaque album, un Companion Disc™ truffés de raretés : prises alternatives passionnantes, face b rares et inédits au programme. Un rêve de fan. Et le meilleur moyen, pour ceux qui ne connaîtraient pas encore ce super groupe – à tous les sens du terme –, d’en découvrir les sortilèges. Soit deux rééditions exemplaires de Bad Company qui vous tiendront… bonne compagnie – l’important, c’était de la faire avant les autres celle-là ! (Désolé).

CD
“Bad Company” (1974)
“Shooting Star” (1975)
Swan Song / Rhino / Warner Music, sortie le 7 avril.

Bad Co Photo 3 Paul & Boz XDR

SPECIAL BONUS !

Tous les titres des deux CD bonus commenté en french dans le texte (la VO figure dans le livret).

Le Companion Disc™ “Bad Company” pour commencer :

Can’t Get Enough (prise 8 inédite) 4:22
La dernière prise des sessions de Can’t Get Enough provient d’un master dont la boîte indiquait la date erronée du 4 juin 1974, ce qui signifie que la chanson aurait été enregistrée après la sortie de l’album en Grande-Bretagne alors que nous savions qu’il existait des mixes datant de novembre 1973 ! Quoi qu’il en soit, cette ultime prise est superbe et capture le groupe live et en pleine forme dans le studio.

Little Miss Fortune (Démo inédite) 3:59
Une jolie version alternative de la face-B de Can’t Get Enough avec une partie vocale plus apaisée de Paul.

The Way I Choose (Démo inédite) 6:40
Une des premières versions de la ballade de Paul comprenant une partie vocale spectaculaire et un long solo de Mick à la fin du morceau.

Bad Company (inédit de la session du LMS studio, 1973) 4:41
Une des premières versions du morceau-titre de l’album datant du 6 novembre 1973. Il s’agit de la septième prise et de la première version complète et arrangée du titre jouée par le groupe sans Mick. Bien qu’ils ne soient que trois, cette version bénéficie d’une très bonne atmosphère et d’un excellent feeling.

The Way I Choose (Version 1 avec faux départ inédite) 7:16
Cette version comprend un faux départ dû à une erreur du bassiste. Paul chante plus haut, ce qui rend la chanson encore plus intense.

Easy On My Soul (Version longue inédite) 6:15
Un mix d’une prise alternative plus longue de la face-B du single Movin’ On. Cette version a été en fait enregistrée le 6 novembre 1974 lors des séances de l’album “Straight Shooter” et comprend un fabuleux final vocal de Paul à la fin du morceau.

Bad Company (inédit de la session du LMS studio, 1973) 5:34
Une nouvelle prise du morceau-titre trouvée sur la bande du master final. Il s’agit de la deuxième prise, et la version suivante est celle qu’on trouve sur l’album. Une très bonne prise alternative avec le groupe au complet dans le studio.

Studio Chat / Dialogue 0:24
Une discussion entre les prises. Simon est très bavard !

Superstar Woman (Version longue inédite) 6:12
Version intégrale du titre initialement paru dans la compilation 2 CD “Anthology” sortie en 1999. Ces deux versions ont été mixées en novembre 1973, mais une section de la chanson celle parue officiellement avait dû être coupée pour des questions de timing.

Can’t Get Enough (Single Edit) 3:31
La version originale du 45-tours légèrement raccourcie pour sa sortie en single.

Little Miss Fortune (Face-B de “Can’t Get Enough”) 3:52
La face-B de Can’t Get Enough, un des temps forts des premiers concerts. Un titre fabuleux et souvent sous-estimé au texte très réussi.

Easy On My Soul ( Face-B de “Movin On”) 4:44
La face-B de Movin’ On enregistrée à l’origine par Free sur l’album “Heartbreaker”. Un autre temps fort des premiers concerts où le titre était rallongé.

Can’t Get Enough (Mix Hammond inédit)
Le master utilisé sur l’album comprenait une partie d’orgue Hammond abandonnée à l’époque, mais aujourd’hui mixée en avant pour le plus grand plaisir de tous. Le feeling de la chanson est complètement transfiguré grâce à cette partie supprimée sur la version finale de l’album.

Bad Co Photo 2 Live XDR

Le Companion Disc™ de “Straight Shooter” avant de se quitter :

Good Lovin’ Gone Bad (Version avec voix et guitare alternatives inédite) 3:22
Remix de la bande master incluant d’excellentes parties alternatives de chant et de guitare.

Feel Like Makin’ Love (Prise pré-master inédite) 5:45
Prise alternative du classique de Bad Company. Aucun overdub, seulement le groupe jouant le titre en studio, d’où l’absence du solo de guitare de Mick qui joue uniquement la partie rythmique.

Weep No More (Version lente initiale inédite) 5:08
Un tempo nettement plus lent que celui de la version album enregistrée au studio The Kitchen lors des premières séances en mars 1974.

Shooting Star (Prise alternative inédite) 5:34
Une excellente prise alternative et dépouillée de la superbe chanson de Paul sans aucun des overdubs présents sur la version finale et comprenant une superbe partie vocale.

Deal With The Preacher (Version initiale inédite) 5:41
Un autre titre enregistré au studio The Kitchen en mars 1973. Une version initiale très différente de la version heavy ré-enregistrée pour l’album en octobre.

Anna (Prise vocale inédite) 3:43
Une excellente prise vocale inédite tirée de la bande master et comprenant une superbe interprétation soulful de Paul des paroles de Simon.

Call On Me (Prise alternative inédite) 5:45
Une prise live en studio du dernier titre de l’album. Pas d’overdubs, mais une excellente partie vocale de PR par-dessus ce fameux et complexe riff de piano.

Easy On My Soul (Version lente inédite) 6:47
Le groupe avait l’air de vraiment aimer cette chanson et voici une version longue jouée sur un tempo légèrement plus lent. Une basse très funky et une fantastique partie vocale, le tout live en studio.

Whiskey Bottle (Version lente initiale inédite) 3:45
Enregistrée aux Island Studios de Basing Street par Richard Digby Smith (et non pas Ron Nevison) en avril 1974, cette prise retenue pour le master, mais qui ne sera finalement pas utilisée, contient une frénétique partie de piano boogie qui la rend plus intense que le ré-enregistrement présent sur la face-B de Good Lovin’ Gone Bad.

See The Sunlight (inédit) 4:18
Un autre excellent titre enregistré à Island en avril 1974 et qui était resté oublié jusqu’à aujourd’hui. Paul souligne l’influence des Beatles tandis que Mick utilise superbement l’ampli Leslie d’Island Studios.

All Night Long (inédit) 4:49
Le dernier titre inédit trouvé dans ces nouvelles bandes. Abandonné à l’époque, sans doute car il sonnait trop proche de Movin’ On, il est enfin disponible pour le plaisir de tous.

Wild Fire Woman (Version avec voix et guitare alternatives inédite) 4:11
Tirée des bandes master, cette prise comprend des parties vocales et des guitares absentes sur le mix original de l’album.

Feel Like Makin’ Love (Version harmonica inédite) 5:53
Au départ, cette version avait été utilisée dans le court film promotionnel du single. La voici remixée (la version originale a été perdue) en intégralité. Paul est un bon joueur d’harmonica, comme le prouve cette superbe prise alternative.

Whiskey Bottle (Face-B de Good Lovin’ Gone Bad)  3:48
La face-B originale (et excellente) de Good Lovin’ Gone Bad.

Bonne écoute à toutes et à tous !
Votre Juju

Bad Co Photo 4 Boz XDR