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Hommage

Andy Fraser, le discret Mr. Big de la basse

Il était le bassiste de Free, le cocompositeur, avec Paul Rodgers, d’un des hymnes-rock des seventies, All Right Now, mais aussi l’auteur d’Every Kinda People, chanté par Robert Palmer. Andy Fraser est mort lundi 16 mars. Il avait 62 ans.

FRASER Basse RougeDès leurs premier gig à Chester, début 1968, les deux Paul (Rodgers et Kossoff), Andy Fraser et Simon Kirke l’on immédiatement senti : l’alchimie était là. La musique qu’ils jouaient sur scène reflétait naturellement leur passions communes – dans la maison de la mère d’Andy, à Roehampton, dans la banlieue sud de Londres, ces quatre (très) jeunes garçons dans le vent écoutaient jusqu’à plus d’heure leurs disques favoris, ceux d’Otis Redding, des Beatles, les premiers Stones, des 45-tours Stax… Sans parler de leur fascination pour le blues…
Le père d’Andy Fraser, fils d’un propriétaire de plantation écossais et d’une esclave afro-guyanaise, avait quitté le foyer familial très tôt. La mère d’Andy élevait ses quatre enfants seule, empilant les boulots pour nourrir décemment sa famille. Très tôt, Andy – né le 3 juillet 1952 –, fit comprendre à sa mère que la musique comptait plus que tout. Elle lui fit donc prendre des leçons de piano – classique, cela va de soi – dès l’âge de 5 ans. Mais l’ennui était trop fort… Alors, le petit Andy, souvent traité de « nègre ! » par ses camarades de classe, se mit rapidement à travailler seul la guitare, puis la basse, un instrument sur lequel il se révéla instantanément à l’aise, comme s’il était le prolongement de lui-même.

En 1965, à l’âge où les enfants collectionnent encore les figurines Panini, Andy Fraser écume les clubs antillais de l’East End de Londres. Cet “étrange gamin blanc”, comme le surnomment les marlous du coin, sait curieusement très, très bien jouer du reggae, du calypso, et excelle sur les reprises de Wilson Pickett. En 1967, renvoyé de son école parce qu’il avait les cheveux trop longs, il s’inscrit au Hammersmith College of Education. Il y fait la connaissance de Sappho Korner, la fille d’Alexis, personnage clé de la scène blues anglaise, au même titre que John Mayall. Alexis Korner prend le fiancé de sa fille sous son aile, le traite comme son fils, et finit par le recommander à John Mayall : « Hello Alexis, this is John speaking… By any chance, do you know a good bass player ? »
En plein “Blues Boom”, Andy Fraser devient ainsi, en février 1968, membre des Bluesbreakers aux côtés d’un autre young lad promis un à bel avenir : le guitariste Mick Taylor. Mais il ne reste que quelques semaine dans le fameux groupe de Mayall. Korner recommande donc Andy à un autre gamin, Paul Kossoff, 18 ans, qui veut monter un groupe. Ils ont un chanteur, Paul, un batteur, Simon, mais il leur manque un bassiste…
Le 19 avril, ils répètent pour la première fois. Le blues est le ciment de leur musique gorgée de soul. Les riffs leur tombent des doigts, les mélodies sont là.
Le plus expérimenté de quatre est le plus jeune, Andy, arrivé en taxi à la répèt’, et qui, détail qui avait fort impressionné ses futurs camarades, lui avait demandé une fiche avant de le payer… D’emblée, Andy s’affirme comme le leader du groupe. Qui s’appellera Free, n’en déplaise aux patrons de clubs et leur maison de disques, Island, qui aurait préféré celui d’Heavy Metal Kids.

FRASER & Free OK

En octobre 1968, Free enregistre son premier album, “Tons Of Sobs”. Tout ne va pas encore de soi, mais la magie est là, comme lors des premiers gigs. Les instant classics du groupe, souvent cosignés par la paire Fraser/Rodgers, figurent pour la plupart sur trois albums suivants : I’ll Be Creepin’ dans “Free” (1969), Fire And Water, Mr. Big et All Right Now dans “Fire And Water” (1970), The Stealer et Ride On Pony dans “Highway” (1971)… Mais, outre le succès phénoménal d’All Right Now, presque trop lourd à porter, Free, malgré sa participation remarquée au festival de l’Île de Wight en août 1970, où ils partagent l’affiche avec les Who, Emerson, Lake & Palmer, Miles Davis et Jimi Hendrix, ne fera jamais partie de la Champions League des groupes anglais. Trop vite miné par des tensions internes et des problèmes de drogue et d’alcool – Kossoff mourra en 1976 à 25 ans…

Quand en 1972 sort leur ultime album, “Heartbreaker”, Andy Fraser les a quittés. Dès alors, à peine âgé de 20 ans, il ne revivra jamais une aventure de groupe similaire à celle de Free. Pas même avec Sharks, un groupe dont Chris Spedding était le guitariste et que tout le monde a oublié, contrairement à Free. Après la mort de sa mère, il s’installa en Californie, vivant des royalties générées par le back catalogue de Free et de ses talents d’auteur-compositeur. Chaka Khan, Joe Cocker, Joan Jett, Paul Young… : ils ont tous chanté du Fraser. Mais c’est un autre soulman anglais aux yeux bleus, Robert Palmer, qui fera de son très “steviewonderien” Every Kinda People un tube international, que toute une génération découvrira grâce à une pub pour une célèbre marque de bière…

Ces dernières années, Andy Fraser avait fini par révéler son homosexualité. Il était hélas atteint du virus HIV et d’un cancer. Trop, beaucoup trop pour un seul homme.
Pour mesurer à quel point il était un musicien exceptionnel, on réécoutera évidemment le fameux pont d’All Right Now, mais aussi la version live de Mr. Big dans “Free Live !”, non sans avoir visionné le dvd “Free Forever” (Island / Universal). Autant que la voix d’or éraillée de Paul Rodgers et la guitare marquée par les cicatrices du blues de Paul Kossoff, ses lignes de basse souples, puissantes, habitées et inventives font toute la singularité du son de Free, l’un des plus beaux fleurons du Blues Boom anglais.