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Classiq Rock

America, un coffret pour l’été

Un coffret sobrement intitulé “The Warner Bros. Years 1971-1977” vient de paraître, qui regroupe les huit albums enregistré pour Warner Bros. entre 1971 et 1977 par le plus américain des groupes anglais.

AMERICA 1 AmericaAu mitan des glorieuses années 1970, encore jeune et innocent, j’étais tombé dans le même piège que beaucoup d’autres. En découvrant A Horse With No Name à la radio – ce devait être sur Europe 1, quand cette station avait encore quelque considération pour la musique, ou alors sur Fip –, je m’étais dit : « Tiens, c’est quoi cette chanson de Crosby, Stills, Nash & Young ? » Quelle ne fut pas ma surprise quand le spiqueur la désannonça : « C’était A Horse With No Name, par America… » America ?! Mais ouiiii, quel sot… J’avais pourtant aperçu la pochette chez mon cousin, avec ces trois babas cools affalés sur des coussins, devant une grande photo d’Amérindiens… L’album, aussitôt emprunté à la discothèque de ma ville natale, ne me déçut pas. Je le souviens aussi qu’une des remarques du discothécaire m’avait troublé : « Le premier America, hmm… Tu le connaissais pas encore ? Pas mal, pas mal… Ils ont tout piqué à Crosby, Stills & Nash, et aux Beatles aussi – surtout quand George Martin s’est mis à les produire –, mais c’est un groupe anglais que j’aime plutôt bien… »

AMERICA 2 HomecomingOuh la ! Que d’infos pour un naïf pour moi ! J’avais quand même du mal à croire que ce groupe était anglais… (Pas de Wikipedia pour vérifier les dires discothécaire à cette époque, ne l’oubliez pas.) Et pourtant si. Comme quoi, on n’était pas obligé de louer une maison à Laurel Canyon pour sonner comme les grandes figures de la scène pop-folk… On pouvait tout aussi bien s’être rencontré à Londres, avoir obtenu ses premiers gigs dans la Foggy City et finir par enregistrer son premier disque au célèbre Trident Studio. Mais mieux valait-il avoir finaudement choisi comme nom de groupe America, histoire de sermer le trouble… C’est ce que firent les trois membres fondateurs, Dewey Bunnell, Dan Peek et Gerry Beckley. Qui ne se contentèrent pas de sonner aussi méticuleusement que respectueusement comme CNSY (et donc, à un degré moindre, comme les Fab’ Four), mais n’oublièrement pas d’écrire des bonnes chansons. Leurs deux premiers disques, “America” (1971) et “Homecoming” (1972), sont les plus connus, qui comportent chacun son lot de classic songs, comme on dit outre-Manche et outre-Atlantique : Riverside, Sandman et A Horse With No Name (qui ne figurait pas sur la première version du 33-tours, puisque parue en single dans la foulée…) dans le premier ; Ventura Highway et Head And Heart dans le second.

AMERICA 3 Quatre Lp

Mais il ne faut surtout pas négliger les trois suivants : “Hat Trick” (1973), sans chanson majeure mais d’une belle homogénéité, “Holiday” (1974), qui marque, ça s’entend, l’arrivée de George Martin derrière la console, et qui contient les superbes Tin Man, Hollywood, Old Man Took et What Does It Matter (qui a sans doute dû faire sourire un certain Paul McCartney…) et “Hearts” (1975), qui débute par le délicat Daisy Jane, et se prolonge non moins agréablement avec Half A Man, Midnight et Bell Tree – curieux, on se demande si on écoute les Wings ou les Bee Gees d’un seul coup…
L’inspiration commence à les quitter à partir de “Hideaway” (1976), et plus encore l’année suivante avec “Harbor” (1977), même si ces eux albums contiennent quelques (petites) pépites : Amber Cascades, God Of The Sun, Slow Down et Are You There.
“The Warner Bros. Years 1971-1977” contient aussi le “Live” de 1977, guère mémorable. Pour 35 € (soit à peine plus de 4 € par albums), le Doc vous conseille cependant de passer l’été en baskets, jeans, t-shirt blanc et chemise à carreaux en écoutant America sans, pour une fois, rêver exclusivement que vous êtes en train de traverser le désert sur un cheval sans nom.

AMERICA 4 CoffretCD “The Warner Bros. Years 1971-1977” (Warner Bros. / Warner Music).
NB : Les pochettes originales sont reproduites en modestes cardboard sleeves (sauf “Homecoming”, qui a droit à sa gatefold sleeve dépliable d’origine). Les textes du recto des pochettes et des pochettes intérieures sont souvent illisibles, car trop petits et pas assez bien imprimés… Bon, o.k., pour un budget aussi low, difficile d’exiger de made in Japan