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Allen Toussaint : oui, il pouvait

Parmi les innombrables chansons composées par Allen Toussaint, qui vient de mourir le 10 novembre à l’âge de 77 ans, il en est une qui eut un destin sinon royal – quoique –, du moins présidentiel : Yes We Can. Mais ce pianiste néo-orléanais surdoué, doublé d’un auteur-compositeur de génie, n’a évidemment pas seulement permis à Barack Obama de trouver son slogan porte-bonheur.

Rhino / Warner Music

Rhino / Warner Music

Dire qu’Allen Toussaient était l’un des monument de la musique de La Nouvelle-Orléans relève de l’évidence. Mais un monument discret, dont seuls les vrais connaisseurs savent l’inestimable valeur historique. Né le 14 janvier dans la Cité du Croissant, Allen Toussaint s’imposa d’abord comme pianiste, sous la double influence de deux légendes locales, Ferdinand “Tuts” Washington et Roeland “Professor Longhair” Byrd. Encore teenager, il lui arrivait parfois de remplacer au pied levé Fats Domino pour jouer à sa place sur ses propres disques ! (Fats Domino tournait très souvent, et n’avait pas le don d’ubiquité…)
En 1960, il fut engagé comme talent scout par Minit Records et se mit rapidement à écrire, composer et produire la plupart des chansons publiées par le label, comme si elles lui tombaient des doigts. Elles scellèrent en grande partie la légende du rhythm’n’blues à la sauce néo-orléanaise. En 1963, il part sous les drapeaux. Deux ans plus tard, libéré de ses obligations militaires, il cofonde Sansu Enterprises avec le producteur Marshall Sehorn. Comme dans tous les autres labels, un noyau dur de musiciens s’impose en tant que house band. Parmi eux, ceux qui deviendront au crépuscule des années 1960 les fantastiques The Meters, dont Toussaint sera évidemment le producteur attitré.

En 1970, Allen Toussaint publie son premier 33-tours sous son nom sur Scepter Records, “Toussaint” (dont nous recommandons la réédition Kent de 2007). Le titre de la première chanson, Everything I Do Gonh Be Funky, parle de lui-même. Everything I Do Gonh Be Funky avait également été enregistrée par un autre protégé de Toussaint en 1969, Lee Dorsey, dont il produira en 1970, nous y voilà, l’album “Yes We Can” pour Polydor. Un album qui regorgeait de petites merveilles funky propulsées par les Meters, les rois du groove à la fois laid back et tendu comme un arc.
Un album dont plusieurs chansons seront reprises par, entre autres, par Robert Palmer (ce grand esthète anglais de la soul music aux yeux bleus), Van Dyke Parks et les Pointer Sisters – en France, leur propre version (très réussie) de Yes We Can, produite par David Rubinson, est nettement plus connue que celle de Lee Dorsey.
Un album, enfin, qui curieusement ne connaîtra pas le succès qu’il méritait pourtant largement.

TOUSSAINT Southern NightsDans les années 1970, Allen Toussaint travaillera entre autres avec Paul McCartney, The Band, les Rolling Stones, Paul Simon, Dr. John et Labelle (le producteur de Lady Marmelade, c’est lui). Signé par Warner Bros., il publiera aussi trois autres albums sous son nom : l’épatant “Life, Love And Faith” en 1972, le sublime “Southern Nights” en 1975 et le décevant (mais somme toute attachant) “Motion” en 1978.
Dans les années 1980 et 1990, il se consacra de nouveau principalement à son travail de producteur et de directeur musical, osant un comeback discret en tant que performer avec “Connected” en 1996. Mais c’est via son premier amour et la musique qui, comme lui, naquit à La Nouvelle-Orléans, le jazz, qu’il effectua son grand retour discographique en 2009, grâce à “Bright Mississippi” (Nonesuch), un album produit par l’un de ses grands admirateurs, Joe Henry, qui convia pour l’occasion quelques-uns des nouveaux label mates de Toussaint : le pianiste Brad Mehldau, le saxophoniste Joshua Redman et le trompettiste Nicholas Payton.

Il y a quelques années, lors d’un cocktail d’après-concert à Banlieues Bleues, j’avais échangé quelques mots avec Monsieur Toussaint, un homme qui en imposait par sa douceur et son élégance. Je venais d’acheter ses “Complete Warner Recordings”, réédités (superbement) par la bonne maison Rhino. A la question « Mister Toussaint, êtes-vous consulté, et accessoirement payé quand une maison de disques réédite vos albums, et notamment “Southern Nights”, que je trouve sublime ? » Avec un air malicieux et un rien résigné, il me répondit : « Thank you sir. Si je suis consulté et payé ? Bien sûr que non… » Je me permis de lever mon verre devant lui en le remerciant pour la musique, comme l’on fait souvent quand on n’a que quelques minutes pour deviser avec une légende.

Quelques titres majeurs écrits, composés, interprétés et/ou arrangés par Allen Toussaint :

Etc., etc., etc., etc.